Pour faire face à la sécheresse, l’AOP Brocciu envisage une dérogation qui fait débat
La canicule et la sécheresse sévère qui se prolongent en ce début septembre affectent de nombreuses productions agricoles insulaires. Faute de pâturage pour nourrir les brebis, le syndicat AOP Brocciu envisage une demande de dérogation pour que la proportion de foin et d’aliments venus de l’extérieur puisse passer de 30% à 50%. Une solution qui suscite des inquiétudes parmi les éleveurs.
Juste en surplomb d’Ajaccio, Jean-Do Musso, éleveur de brebis, observe ses terres. À cette saison, les premières pousses vertes devraient normalement apparaître pour accueillir bientôt ses brebis. « Là on voit une pâture qui est asséchée, qui n’a pas commencé à germer. Elle est sèche, elle reste sèche et au regard du temps qu’il fait, il y a de fortes chances qu’elle soit encore sèche quand dans quinze jours, trois semaines, on va descendre les bêtes de la montagne. Ce qui veut dire qu’on va être obligé de les alimenter », déplore-t-il.
Ne produisant pas son propre fourrage, Jean-Do Musso achète exclusivement à des producteurs locaux. Ses parcelles de petites prairies naturelles ne fourniront rien cette année. « Je ne vais pas pouvoir les sortir. On ne peut pas pacager là. Je vais être obligé de les enfermer et de les nourrir », affirme-t-il.
Le syndicat de défense de l’AOP s’inquiète de cette situation, qui concerne de nombreux éleveurs. Dans le nouveau cahier des charges de l’appellation, il est stipulé de ne pas dépasser 30% de foin et d’aliments extérieurs à l’île. Pour faire face à cette sécheresse exceptionnelle, le syndicat envisage de demander une dérogation pour atteindre 50% pour la campagne 2026-2027.
« C’est une précaution. L’objectif n’est pas de faire entrer du foin à tout prix, surtout à un prix beaucoup plus élevé qu’il ne devrait. L’objectif est de protéger l’Appellation. On ne peut pas se permettre demain de se retrouver hors cadre parce qu’on n’a pas pris la précaution de pouvoir nourrir nos animaux en faisant entrer du foin ou des céréales », explique Jean-Do Musso.
À 10 km de là, Jean-Michel Casalta élève 240 brebis sur des terres où il produit du sorgho et du foin. Il n’est pas convaincu de la nécessité de cette dérogation : « Ça pourrait ouvrir une brèche pour ceux qui voudraient travailler pratiquement hors sol, en bâtiment, et qui pourraient faire du brocciu avec de l’aliment, sans que les brebis n’aient jamais vu un morceau d’herbe ni de prairie », s’inquiète-t-il.
Jean-Michel Casalta propose une alternative : « Plutôt que d’aider les transporteurs à faire entrer du foin du continent, il faudrait mieux aider à transporter le foin qui est déjà en Corse. Ça coûterait moins cher à la collectivité. »
Pour l’heure, les stocks précis du groupement régional des producteurs de fourrages ne sont pas connus. Une donnée essentielle pour décider de faire ou non cette demande de dérogation.
Source : France 3 Corse ViaStella


