L’Anthropocène : science ou convention ?
Les géologues débattent depuis plusieurs années pour savoir si une nouvelle époque géologique, nommée Anthropocène, devrait être ajoutée à l’Holocène, qui remonte à près de 12 000 ans. En mars dernier, un sous-comité de la Commission internationale de stratigraphie a tranché : le vote a été défavorable, avec douze voix contre et seulement quatre pour l’idée d’identifier cette nouvelle couche stratigraphique, censée avoir commencé en 1952, fondée sur la présence de plutonium dans les sédiments du lac Crawford au Canada, résultant des explosions de bombes à hydrogène.
Ce vote a suscité des frustrations, le président du comité ayant même demandé son annulation pour des raisons de procédure. Les partisans de l’Anthropocène espéraient qu’une reconnaissance officielle renforcerait le discours sur l’impact négatif des activités humaines sur la planète. Cependant, les géologues restent divisés. Certains préfèrent parler d’un « événement » plutôt que d’une « époque », tandis que d’autres soutiennent que l’impact humain sur la Terre est un processus continu, observable depuis longtemps.
Ce débat dépasse le cadre scientifique et soulève des enjeux politiques et idéologiques. Les climatosceptiques pourraient interpréter cette décision comme une validation de l’innocuité de l’activité humaine, tandis que des écologistes auraient clamé victoire si le vote avait été en faveur de l’Anthropocène.
L’affaire rappelle que des convictions non scientifiques peuvent influencer les conventions en sciences. Par exemple, le statut de Pluton a été récemment remis en question. Découvert en 1930, Pluton a été reclassé en 2006 par l’Union astronomique internationale, qui a décidé qu’il ne remplissait pas le critère de « nettoyer » son orbite des débris, ce qui a suscité des réactions vives.
Ces exemples illustrent que les décisions scientifiques peuvent parfois reposer sur des conventions, soulignant la nature dynamique et évolutive du savoir scientifique.
Source : Pour la Science.
