Langues régionales : le recours de l'Etat contre Bayonne fait réagir en Corse

Langues régionales : le recours de l’Etat contre Bayonne fait réagir en Corse

Alors que la préfecture des Pyrénées-Atlantiques demande la suspension des délibérations de Bayonne et de Sare reconnaissant les langues basque et gasconne, ce recours trouve un écho en Corse.

C’est un recours pris à plusieurs centaines de kilomètres de l’île, mais qui a une résonance particulière en Corse. La reconnaissance des langues basque et gasconne par plusieurs communes du Pays basque ravive le débat sur la place des langues régionales et leur protection.

Il y a une semaine, la ville de Bayonne reconnaissait officiellement les langues basque et gasconne comme langues du territoire. L’objectif affiché par la municipalité est de renforcer leur visibilité et favoriser leur usage dans la vie quotidienne, considérés comme des leviers essentiels à leur revitalisation. Quelques semaines plus tôt, le 2 juillet, la commune de Sare, à la frontière espagnole, avait également adopté une délibération reconnaissant le basque comme langue officielle aux côtés du français.

Pour Pantxo Etchegaray, conseiller municipal délégué à la politique linguistique de Bayonne, cette démarche dépasse largement le cadre local. Il souligne que « la diversité linguistique n’est pas un luxe, ni une option : c’est un enjeu universel, culturel, éducatif, social et démocratique pour la Ville et ses habitants, et plus largement pour l’ensemble du territoire ».

Cependant, six jours après l’adoption de cette délibération, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques a saisi la justice administrative afin d’obtenir la suspension de cette décision. Une démarche similaire a été engagée concernant celle de la commune de Sare.

La municipalité de Bayonne a rapidement réagi, affirmant que « la préfecture dit avoir peur que ces délibérations soient le germe d’une fragmentation du peuple français. Il n’en est rien », selon les déclarations de M. Etchegaray dans le journal « Mediabask ».

L’association Euskal Konfederazioa, qui milite pour la coofficialisation de la langue basque, a également dénoncé cette prise de position, affirmant que « l’Etat français, par l’intermédiaire de ses préfets, s’en prend depuis longtemps aux langues minoritaires, comme le basque ».

Cette affaire trouve un écho particulier sur l’île de Corse, où la question de la transmission et de la reconnaissance de la langue corse demeure cruciale. Alors qu’un bras de fer oppose actuellement les défenseurs de Scola Corse à l’Etat autour du financement de la structure, le recours du préfet des Pyrénées Atlantiques n’est pas passé inaperçu.

Marie-Antoinette Maupertuis, présidente de l’Assemblée de Corse, a soutenu les maires et conseils municipaux de Bayonne et de Sare, affirmant que « les langues de nos peuples continueront d’être fragilisées tant que le cadre constitutionnel n’évoluera pas ». Elle a également souligné que ces recours illustrent une problématique plus large : « contester le droit des territoires à reconnaître et faire vivre leurs langues ».

De son côté, Ghjiseppu Turchini, président du réseau d’écoles associatives immersives Eskolim et de l’association Scola Corsa, a dénoncé la position de l’Etat, appelant à apaiser les questions liées aux langues régionales.

Source : France 3 Régions

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