Histoire de la nuit africaine : l’Afrika Shrine, la salle mythique de Fela Kuti
De notre correspondante à Lagos — L’Afrika Shrine, fondée par le musicien Fela Kuti en 1974, est un lieu emblématique pour découvrir l’afrobeat à Lagos. Ce club, qui a changé d’emplacement à plusieurs reprises, est à la fois un espace de divertissement et un lieu militant où Fela, surnommé « the Black President », a véhiculé ses messages politiques.
Dès son ouverture, l’Afrika Shrine est associée à une réputation sulfureuse, marquée par des mœurs légères et la consommation de substances illicites. Situé dans le quartier populaire de Mushin, près de la résidence de Fela, Kalakuta Republic, ce lieu ne connaît pas de repos. Kola Onasanya, percussionniste du groupe Egypt 80, se souvient : « Toutes les nuits étaient toujours géniales parce que tout le monde vient chez Fela tous les jours et c’est là que la plupart des gens terminent leurs nuits et commencent leurs matins. »
Fela Kuti ne se limite pas à divertir son public. Inspiré par des figures politiques africaines comme Kwame Nkrumah, il utilise sa musique pour exprimer ses ambitions politiques. Dans un documentaire de 1982, il déclarait : « Je vois un avenir avec mon propre parti politique. Le panafricanisme est dans l’esprit de tout le monde maintenant, inconsciemment. »
En 1979, il fonde le Movement of the People (MOP), son propre parti politique, et tente de se présenter à l’élection présidentielle, mais se heurte à l’opposition du régime militaire en place. Son fils, Kunle Kuti, souligne l’engagement de son père : « Il a interprété la plupart de ses chansons au Shrine pour sensibiliser à la mauvaise gouvernance et éclairer les gens sur leurs droits. »
L’Afrika Shrine a été fermé à plusieurs reprises en raison des tensions avec le pouvoir. Après la mort de Fela en 1997, sa famille rouvre le lieu sous le nom de New Afrika Shrine. Ses fils, Femi et Seun, continuent d’y performer chaque semaine, perpétuant ainsi l’héritage musical et militant de leur père.
Source : RFI



