L’AES dit non à l’Occident, tandis que ses juntes tissent des liens discrets
Le 10 avril 2026, à Bamako, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a annoncé le retrait de la reconnaissance par le Mali de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), mettant ainsi un terme à une position diplomatique maintenue depuis 1984. Ce changement marque une rupture significative dans la politique étrangère malienne et constitue un coup pour l’Algérie, soutien historique du Polisario.
Peu avant cet événement, à Niamey, la Grande Commission mixte algéro-nigérienne a abouti à la signature d’une vingtaine d’accords dans divers secteurs, tels que la défense et l’énergie, renforçant ainsi les liens entre le Niger et l’Algérie, en dépit de la position du Mali. Parallèlement, le Burkina Faso, sous la direction d’Ibrahim Traore, a validé discrètement l’agrément d’un nouvel ambassadeur israélien à Ouagadougou, tout en affichant un rapprochement avec l’Iran.
Cette situation met en lumière les contradictions dans la diplomatie des pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui ont construit leur légitimité sur une rhétorique anti-impérialiste et une rupture avec l’Occident. Cependant, les récents développements suggèrent que cette position pourrait être en train de vaciller.
Depuis leur arrivée au pouvoir, les juntes de Bamako, Niamey et Ouagadougou ont adopté un discours de souveraineté et de rejet du néocolonialisme. L’AES, fondée en 2023 et transformée en confédération en 2024, a permis une rupture avec la CEDEAO et une expulsion des forces françaises. Toutefois, ce discours commence à se fisr.
Le pivot du Mali vers le Maroc s’inscrit dans une dégradation progressive des relations avec l’Algérie. En janvier 2024, le Mali a résilié l’accord de paix d’Alger de 2015, et en septembre 2025, le Premier ministre malien a accusé publiquement l’Algérie de soutenir le terrorisme international. Le retrait de la reconnaissance de la RASD le 10 avril 2026 est le dernier acte d’une rupture programmée.
Les rapprochements diplomatiques vers les États-Unis et Israël, bien que discrets, signalent un changement de cap. Washington, sous l’administration Trump, semble vouloir rétablir des relations avec les pays de l’AES, ce qui pourrait aboutir à un accord pour reprendre des vols de reconnaissance au-dessus du Mali.
En parallèle, le gazoduc transsaharien, qui devrait être mis en service en 2029, représente une opportunité économique majeure pour le Niger, renforçant ainsi ses relations avec l’Algérie.
Le bilan du partenariat russo-sahélien, marqué par une intensification des violences, soulève des questions sur l’efficacité de ce soutien. Les forces russes, présentes depuis plusieurs années, n’ont pas réussi à endiguer les menaces sécuritaires, ce qui incite les juntes à explorer d’autres partenariats.
La diplomatie variable des juntes sahéliennes révèle un pragmatisme qui pourrait, à terme, réduire leur capacité à mobiliser le soutien populaire basé sur un discours souverainiste. Les récentes initiatives montrent que, malgré un discours anti-occidental, les pays de l’AES sont à la recherche de nouvelles alliances pour asr leur sécurité et leur développement économique.
Source : Bénin Check
