L’accord Meta est peut-être le début de la fin de l’impunité des plateformes
Menacée d’une amende de 200 milliards de dollars, Meta, la maison mère des réseaux sociaux Instagram et Facebook, a conclu le 26 août 2023 un accord à l’amiable avec la justice des États-Unis. Le groupe s’est engagé à payer jusqu’à 18 milliards de dollars et à mieux protéger les mineurs.
Ce montant a attiré l’attention, mais l’essentiel réside dans le contenu de l’accord : pour protéger les adolescents, Facebook et Instagram devront modifier plusieurs mécanismes conçus pour prolonger leur présence en ligne.
Les plateformes sociales, telles que Meta, ne sont pas simplement des espaces de publication ; elles organisent le contenu que nous voyons et le temps que nous y consacrons, avec pour objectif final la consommation. Meta accepte de limiter par défaut l’usage des adolescents américains à deux heures par jour, de bloquer certaines fonctionnalités durant la nuit, de mettre les notifications en sourdine pendant les heures scolaires et de masquer les compteurs de likes. Bien que l’entreprise nie les accusations et ne reconnaisse aucune responsabilité, elle accepte de modifier des fonctions destinées à prolonger la durée d’utilisation des utilisateurs.
Cet accord intervient dans un contexte de pénalités croissantes pour Meta. En mars 2023, un jury du Nouveau-Mexique a imposé à l’entreprise 375 millions de dollars de pénalités pour 75 000 violations de la loi locale. En août, un juge a ajouté 567 millions de dollars pour des réparations et des mes préventives. À Los Angeles, un autre jury a reconnu Meta et Google comme négligents dans la conception de leurs plateformes.
Ces procédures déplacent le débat vers la responsabilité des plateformes, non seulement pour les contenus publiés, mais aussi pour la manière dont elles sélectionnent et recommandent ces contenus.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, 11 % des adolescents interrogés en 2022 déclaraient un usage problématique des réseaux sociaux, en hausse par rapport à 7 % en 2018. Ce taux atteignait 13 % chez les filles et 9 % chez les garçons. Les risques associés touchent la santé mentale et physique, engendrant des problèmes tels que le sommeil perturbé, la sédentarité et une image corporelle fragilisée.
La France, de son côté, a pris des mes pour interdire l’utilisation des téléphones portables dans les établissements scolaires, soulignant la nécessité de protéger un espace d’apprentissage. L’Union européenne, avec le Digital Services Act, a également commencé à considérer que les mécanismes de recommandation et de notifications pourraient relever de la responsabilité juridique des plateformes.
L’accord avec Meta pourrait marquer un tournant dans la manière dont les entreprises de technologie assument la responsabilité de la conception de leurs produits destinés aux jeunes. Les parents, les écoles et l’État ont tous un rôle à jouer dans cette dynamique, mais la responsabilité ultime pourrait enfin revenir à ceux qui conçoivent ces plateformes.
Source : La Croix

