L’absence d’action publique alimente le burn-out militant
L’association Féministes contre le cyberharcèlement, née d’une mobilisation féministe en ligne face à l’ampleur des cyberviolences de genre, a contribué à politiser ces violences comme un phénomène systémique. Johanna-Soraya Benamrouche et Laure Salmona, cofondatrices de l’association, évoquent la genèse du collectif, la question du burn-out militant, l’arrêt douloureux de l’accompagnement des victimes, et les limites d’un modèle reposant sur le travail gratuit des femmes et des personnes minorisées.
L’association, créée fin décembre 2015, se consacre principalement à la sensibilisation, à la formation, à la recherche et au plaidoyer. Auparavant, elle accompagnait des victimes de cyberviolences, mais cette activité a été suspendue. Les cofondatrices soulignent que les cyberviolences sont des violences systémiques et non seulement interpersonnelles.
Le collectif a vu le jour dans un contexte d’autodéfense numérique, où des féministes intersectionnelles et des personnes LGBTQI+ se sont regroupées pour retirer des contenus violents en ligne. Cette mobilisation visait à alerter sur le danger que représentent ces violences pour les femmes et les personnes minorisées, souvent sous la complicité des plateformes et de l’État.
Laure Salmona note qu’il n’existait pratiquement aucune ressource sur les cyberviolences de genre. Le cyberharcèlement n’a été reconnu juridiquement comme un délit qu’en 2014, et la diffusion non consentie de contenu intime n’était pas encore punie. Cette absence de cadre légal adéquat a contribué à un sentiment d’impuissance parmi les militantes, aggravant leur fatigue.
Le burn-out militant a été exacerbé par l’inaction des pouvoirs publics. Les cofondatrices affirment que cette fatigue est le résultat d’un travail non reconnu et non rémunéré, souvent effectué par des femmes et des personnes racisées, qui font face à des violences à la fois dans leur engagement et dans leur vie personnelle. Le mouvement #MeToo a également intensifié la demande de soutien pour les victimes, mais a aussi entraîné une montée de la haine en ligne.
En 2019, face à la nécessité de préserver leur santé mentale, le collectif a décidé d’arrêter l’accompagnement des victimes. Cette décision, bien que difficile, visait à transformer leur expérience en une campagne de plaidoyer pour inciter les pouvoirs publics à agir. Cependant, elles constatent que les promesses législatives n’ont pas été suivies d’actions concrètes, laissant les associations féministes de plus en plus précarisées.
Les cofondatrices appellent à une prise de conscience collective sur les enjeux du burn-out militant et sur la nécessité d’un soutien structurel. Elles insistent sur le fait que le bien-être des militantes ne peut être assuré sans un financement pérenne des associations, afin de garantir un accompagnement adéquat des victimes.
Source : Mouvements
