L’abbé Faria : un célèbre prisonnier… pas si romanesque !
Avec l’abbé Faria enfermé au Château d’If, Alexandre Dumas invente l’archétype du prisonnier politique victime de la férocité d’un système carcéral sinistre, basé sur l’arbitraire, le secret et l’isolement. Ce récit se déroule à une époque où le héros, Edmond Dantès, est injustement accusé et incarcéré sans procès. Cependant, les vérités historiques sur l’abbé Faria et le système carcéral de l’époque révèlent une réalité bien différente.
Le Comte de Monte-Cristo est publié sous forme de feuilleton entre 1844 et 1846 et connaît un succès immédiat. L’histoire débute à la veille des Cent jours, lorsque Dantès, accusé de bonapartisme, est incarcéré au Château d’If, l’une des plus anciennes prisons d’État françaises, utilisée pour les prisonniers politiques. Isolé, il finit par rencontrer l’abbé Faria, un autre détenu.
Faria, un scientifique polyglotte, a été arrêté en 1809 en Italie et transféré dans plusieurs prisons avant d’arriver au Château d’If en 1811. Bien que leur rencontre se déroule sous la Restauration, il est un prisonnier politique de l’époque napoléonienne. Il se décrit comme un précurseur de l’unité italienne, déçu par Napoléon, et sa mort en 1829 permet à Dantès de s’évader, amorçant ainsi la quête de vengeance qui structure le roman.
Cependant, la réalité historique de l’abbé Faria diffère largement de sa représentation romanesque. Josè Custodio de Faria (1756-1819), prêtre catholique né à Goa, a participé à la Révolution française et s’est ensuite consacré à la recherche scientifique. Il a ouvert un cabinet de magnétiseur à Paris, connu pour son succès.
Les prisons sous l’Empire et la Restauration ne permettaient pas l’incarcération à vie sans procès, et les prisonniers politiques bénéficiaient souvent de conditions plus favorables que les détenus de droit commun. Les politiques de l’époque napoléonienne prévoyaient des chambres plutôt que des cellules, sans obligation de travail ni isolement strict. En revanche, la Monarchie de Juillet a durci les conditions de détention, introduisant un isolement cellulaire inspiré des pratiques plus sévères que celles décrites dans le roman de Dumas.
Dumas, en dénonçant les traitements inhumains, vise en réalité le système carcéral de la Monarchie de Juillet, tout en attribuant ces conditions à l’époque passée, évitant ainsi les répercussions avec la cen.
En somme, l’œuvre de Dumas, bien que profondément romanesque, s’inspire de personnages historiques, mais déforme la réalité des systèmes carcéraux de son temps.
Source : Article historique sur l’abbé Faria et le Comte de Monte-Cristo.



