L’A69 quasi terminée ? Le grand bluff d’Atosca avant une audience décisive

L’A69 quasi terminée ? Le grand bluff d’Atosca avant une audience décisive

Entre Toulouse et Castres, reportage
Alors que le Conseil d’État examine, ce lundi 15 juin, la légalité du chantier de l’autoroute A69, reliant Toulouse à Castres, Atosca déploie une stratégie de communication bien rodée. Vidéos promotionnelles et communiqués se succèdent, inondant la presse avant cette audience cruciale, parfois au détriment de la réalité.

Fin mai, le concessionnaire a annoncé une mise en service définitive de l’A69 pour octobre 2026 lors d’une interview sur Ici Occitanie. Peu après, Atosca a célébré l’ouverture du premier tronçon de son infrastructure avec une vidéo largement diffusée.

Le 11 juin, quelques jours avant l’audience, une séquence aérienne prétendait montrer l’avancement du chantier : « 100 % des terrassements sont achevés ; 100 % des ouvrages d’art sont construits ; 25 km de chaussées ont déjà reçu leurs couches d’enrobés définitives », rapportait Le Journal d’Ici, soutenu par le groupe Pierre Fabre, actionnaire de l’autoroute.

Cependant, certaines de ces affirmations semblent contredites par les observations sur le terrain. Bien que la mise en circulation du premier tronçon ait été autorisée par l’État le 2 juin,

Cette communication habile masque le fait que les 53 km dont Atosca a la charge sont encore loin d’être prêts à accueillir des véhicules.

« C’est du pipeau »

Bien que quelques kilomètres de bitume aient été posés entre Verfeil et Vendine, l’état d’avancement du chantier varie considérablement. Si le concessionnaire a rapidement coulé les premiers mètres de bitume, il accuse néanmoins des retards sur les bassins de traitement des eaux pluviales.

« Lors de la pose de bitume, il est impératif d’avoir déjà terminé la construction des bassins et leur raccordement », souligne Camille, membre du collectif La Voie est libre. « En l’absence de ces bassins, les premiers orages risquent de charrier des dépôts chimiques vers la nature. »

À Maurens-Scopont, une route communale toujours en usage traverse le tracé de l’autoroute et devra être détruite. De plus, des talus de remblai sont stockés en dehors de l’emprise autorisée, et de nombreux aménagements annexes restent absents.

En continuant sur la route nationale 126, aucune trace de bitume n’est visible. La future aire de repos, censée être opérationnelle d’ici octobre, est encore à l’état de simple piste de terre.

« Une mise en service en octobre 2026 est complètement impossible. Ce ne sont que des éléments de communication du concessionnaire », affirme Camille. « Tous les travaux devraient être achevés aujourd’hui pour entamer les phases de tests et de mise aux normes. »

Contacté, Atosca n’a pas souhaité répondre aux questions ni fournir de calendrier prévisionnel des travaux.

Manquements et malfaçons

La mise en service prévue en octobre semble compromise, d’autant plus que des décisions judiciaires pourraient à nouveau retarder le chantier. Depuis le début des travaux en mars 2023, les manquements administratifs et les malfaçons se multiplient pour Atosca. En fin d’année 2025, le concessionnaire a été pris en flagrant délit de dépassement d’emprise, étendant son chantier sur plus de 50 hectares.

Cette situation a conduit à une enquête du parquet de Toulouse, toujours en cours, ainsi qu’à une perquisition dans les bureaux d’Atosca le 12 mai.

L’avancement et les irrégularités du chantier seront discutés le 15 juin devant les juges du Conseil d’État, qui se pencheront uniquement sur la conformité de la décision de la cour administrative d’appel de Toulouse validant l’autorisation du chantier.

Le délibéré est très attendu et devrait intervenir dans les semaines à venir, alors que le rapporteur public a recommandé de confirmer la légalité du chantier de l’A69.

Source : Reporterre

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