La vendange 2026 en Champagne : des taux d’alcool inédits et un potentiel prometteur
(Lille) La vendange 2026 en Champagne se distingue par sa précocité due aux conditions climatiques exceptionnelles et une autorisation sans précédent de commercialisation de bouteilles dépassant 13 % d’alcool. L’interprofession souligne un « potentiel de très grands vins ».
Cette récolte, marquée par des gels précoces suivis de vagues de chaleur et de sécheresse, pourrait devenir « la norme » en raison du changement climatique, incitant les vignerons à adapter leurs pratiques, selon le Comité Champagne.
Pour la première fois, le Comité a obtenu de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) une dérogation temporaire à son cahier des charges, permettant ainsi la commercialisation de champagnes avec un taux d’alcool supérieur à 13 %. Cette me devrait permettre aux vignerons de produire des vins atteignant jusqu’à 15 % d’alcool, même après assemblage avec des vins d’années précédentes.
Maxime Toubart, président du Syndicat général des vignerons, précise que cette dérogation ne concernera que « quelques vignerons ». Olivier Russeil, délégué territorial de l’Inao dans le Grand-Est, estime que le nombre de vignerons proposant des bouteilles à plus de 13 % « ne sera ni marginal ni excessif ».
Christine Sévillano, présidente des Vignerons indépendants de Champagne, note que cette dérogation répond à un contexte inédit mais ne doit pas devenir une norme, d’autres solutions à long terme étant nécessaires pour faire face aux impacts du réchauffement climatique.
La dérogation est jugée « bienvenue » par Ophélie Lapie-Lamiable, vigneronne à Tours-sur-Marne, qui prévoit un taux d’alcool final dans ses vignes autour de 14,5 à 15 %. Emmanuel Delmas, sommelier indépendant, anticipe des « champagnes atypiques », moins acides et plus sucrés.
Le Comité Champagne, tout en reconnaissant qu’il est encore trop tôt pour évaluer les vins issus de cette vendange, rappelle que cette récolte évoque plusieurs grands millésimes historiques et présente un « potentiel de très grands vins ».
Cependant, le rendement agronomique reste faible, à environ 7000 kg par hectare, contre 9900 en 2025, en raison de conditions climatiques difficiles, incluant des gelées printanières historiques et plusieurs épisodes de canicule.
Les vendanges 2026 ont été les plus précoces jamais observées, avec des débuts de récolte dès le 6 août et une généralisation le 17 août, soit deux semaines plus tôt qu’en 2025. Sébastien Debuisson, directeur des services techniques du Comité Champagne, souligne que les vignes ont pris « trois semaines de maturité en une semaine » début août.
Dans le contexte du changement climatique, Toubart anticipe que cette vendange exceptionnelle pourrait devenir la norme dans une dizaine à quinze ans, soulignant la nécessité de réfléchir à l’avenir de la Champagne. Les vignerons ont déjà adapté leurs pratiques, comme la réduction de la densité des plantations et le développement de cépages résistants à la sécheresse, pour s’ajuster aux nouvelles réalités climatiques.
David Chatillon, président de l’Union des maisons de champagne, évoque des pistes d’innovation, telles que des récoltes de nuit et l’utilisation de technologies avancées pour améliorer l’efficacité des vendanges.
Source : Agence France-Presse

