De Jean-Marie à Marine Le Pen : la métamorphose du Front national (1/3)
Le 16 janvier 2011, une nouvelle ère débute au Front national. Jean-Marie Le Pen, cofondateur du parti d’extrême droite en 1972, cède la présidence à sa fille Marine Le Pen, élue avec une large majorité face à Bruno Gollnisch. À 42 ans, Marine Le Pen s’engage à redresser l’image du parti et à poursuivre la stratégie de dédiabolisation amorcée auparavant.
En 2011, le Front national est encore perçu comme un parti dangereux pour la démocratie. Son image n’a pas beaucoup évolué depuis 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen accède au second tour de l’élection présidentielle, provoquant des manifestations massives. Jean-Yves Camus, président de l’Observatoire des radicalités politiques, souligne que la conquête du parti par Marine Le Pen repose sur la nécessité de tourner la page de l’ère de son père, qui est de plus en plus perçue comme une impasse.
Jean-Marie Le Pen a été condamné à plusieurs reprises pour ses déclarations négationnistes et antisémites. Marine Le Pen souhaite établir une rupture avec cette image. Bien qu’elle maintienne les fondamentaux du Front national, tels que la préférence nationale, le souverainisme et l’opposition à l’immigration, elle ne veut plus que le FN soit associé à l’antisémitisme.
Pour ce faire, elle entreprend des purges au sein du parti, écartant les membres aux discours nostalgiques du IIIe Reich. Elle se distancie également de son père, condamnant ses propos sur les chambres à gaz. Sa stratégie de dédiabolisation atteint son apogée avec l’exclusion de Jean-Marie Le Pen en 2015, suite à ses nouvelles déclarations négationnistes. Cette décision, bien que difficile, lui permet de consolider son autorité sur le parti.
Marine Le Pen accentue également le virage social du FN. Avec son conseiller Florian Philippot, elle introduit des propositions sociales dans le programme présidentiel de 2012, comme une augmentation de 200 euros des salaires inférieurs à 1,4 fois le SMIC. Cette approche lui permet de s’implanter solidement dans des territoires ouvriers, notamment dans le Pas-de-Calais, où un discours social est nécessaire.
Le Front national commence à attirer un électorat ouvrier, se sentant délaissé par les partis traditionnels. Ce changement de stratégie se traduit par un glissement du marqueur islamophobe, qui supplante l’antisémitisme. Marine Le Pen parvient à repositionner le discours du FN sur l’immigration et l’islam, tout en contournant la législation antiraciste.
Les efforts de Marine Le Pen portent leurs fruits lors des élections. En 2012, elle obtient 17,90 % des voix au premier tour de la présidentielle, surpassant le score de son père en 2002. Les élections législatives, municipales et européennes qui suivent témoignent également de la montée en puissance du FN.
Cependant, la présidentielle de 2017 représente un tournant. Malgré une avancée significative avec 21,30 % au premier tour et une présence au second tour, Marine Le Pen subit une défaite face à Emmanuel Macron. Son débat d’entre-deux-tours est jugé désastreux, et bien qu’elle obtienne 10,64 millions de voix au second tour, elle doit faire face à une période d’introspection et de réévaluation de sa stratégie.
Source : France 24



