C’est la campagne silencieuse : les vergers remplacés par des champs de maïs
Ézanville (Val-d’Oise), reportage
À Ézanville, dans le Val-d’Oise, la transformation du paysage agricole est frappante. Des vergers, qui constituaient autrefois un habitat pour la faune locale, laissent désormais place à des champs de maïs. Benoît Huet, représentant de l’association France Nature Environnement Val-d’Oise, souligne cette évolution inquiétante : « Avant, à la place du champ de maïs, il y avait un verger abandonné depuis une trentaine d’années. Il était entouré d’arbres, dont des chênes de 20 mètres de haut. Cette zone était devenue un refuge pour les animaux, mais elle a été défrichée il y a six ans. »
Cette disparition des vergers n’est pas isolée. Catherine Burton, habitante d’Ézanville, témoigne : « Entre ces arbres, il y avait un verger abandonné qui a été arraché l’année dernière. C’est un endroit où je venais beaucoup me promener. J’observais les oiseaux : des pinsons des arbres, petites perdrix, bruants jaunes… Ils ne sont plus là aujourd’hui. C’est la campagne silencieuse. » Selon des données cadastrales, près de 12 hectares de vergers ont été enlevés sur la commune d’Ézanville en un an.
La situation soulève des préoccupations environnementales. Patrick Da Silva, représentant de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) Val-d’Oise, indique que de nombreuses espèces d’oiseaux, qui trouvaient refuge dans ces vergers, subissent un déclin. « L’agriculture intensive a érodé ces milieux », ajoute-t-il.
Le Val-d’Oise, avec environ 400 hectares de vergers, est l’un des principaux territoires arboricoles d’Île-de-France. Toutefois, la filière est fragilisée par des législations de plus en plus restrictives et des difficultés à trouver de la main-d’œuvre. Philippe Plaideau, président du groupe Les Vergers d’Île-de-France, évoque un « ras-le-bol général » face à cette situation.
La disparition des vergers entraîne également une perte de biodiversité. Valentin Verret, agronome à Agrof’ile, explique que ces espaces contribuent à la diversité des cultures et à l’équilibre écologique. « S’ils sont remplacés par de grands champs de céréales, il n’y a plus d’arbre, ni d’herbe ni de fleur pour les abeilles. La biodiversité s’appauvrit. »
Des initiatives locales émergent pour préserver ces espaces. À Ézanville, l’association Plaine de vie a racheté des vergers pour y cultiver des légumes bio, tout en intégrant des activités d’insertion. Claude Robert, président de l’association, précise qu’ils ont produit 25 tonnes de pommes l’année dernière.
La situation actuelle met en lumière un enjeu crucial : la nécessité de protéger les vergers et de favoriser des pratiques agricoles durables pour maintenir la biodiversité et les écosystèmes locaux.
Source : Reporterre


