Le libéralisme latin : la République corse comme laboratoire d'une autre modernité

Le libéralisme latin : la République corse comme laboratoire d’une autre modernité

Entre 1729 et 1804, la Corse est présentée comme un laboratoire d’une pensée politique distincte, selon Antoine-Baptiste Filippi. Dans son essai La Corse, terre de droit, ou Essai sur le libéralisme latin et la révolution philosophique corse (1729-1804), publié en 2019, il avance que la Corse a développé un libéralisme méditerranéen, catholique et civique, qui se démarque du libéralisme anglo-saxon.

Filippi identifie trois figures centrales de cette tradition : Théodore de Neuhoff, Pasquale Paoli, et Napoléon Bonaparte. Ces leaders, malgré leurs différences, partagent une philosophie de gouvernance fondée sur un équilibre entre droits individuels et communauté civique, et entre liberté et égalité. Paoli, par exemple, a établi une Constitution écrite en 1755, avant même la Constitution américaine, qui instaure un régime représentatif.

La République corse, dirigée par Paoli, est souvent oubliée dans l’historiographie française. Ce gouvernement a été pionnier en matière de représentation politique, avec un suffrage censitaire ouvert à tous les chefs de famille de plus de vingt-cinq ans. Rousseau et Bentham ont été influencés par cette expérience, démontrant son impact au-delà des frontières corses.

Filippi souligne cinq traits distinctifs du libéralisme latin. D’abord, il existe un équilibre entre droits individuels et communauté civique, la Constitution de 1755 favorisant la liberté collective. Ensuite, il y a une approche égalitaire qui empêche les disparités de richesses de menacer l’unité civique. La place de la religion catholique est également centrale, sans tomber dans la théocratie ou le laïcisme. De plus, l’État est vu comme un acteur social fort, et le concept de « peuple en armes » se distingue de l’idée d’une armée permanente.

Concernant Napoléon, Filippi le positionne comme un continuateur de cette tradition plutôt que comme un simple conquérant. Il évoque la formation de Napoléon et son admiration pour Paoli, en soulignant que son Code civil et le Concordat de 1801 reflètent cette pensée latine.

La distinction entre libéralisme latin et anglo-saxon est cruciale. Alors que le libéralisme anglo-saxon favorise l’enrichissement individuel, le libéralisme latin se concentre sur la communauté et l’État. Cette approche plurielle est essentielle pour comprendre les défis contemporains de l’Europe, où le débat sur le modèle économique et social reste d’actualité.

Ainsi, l’œuvre de Filippi invite à redécouvrir le rôle de la Corse dans l’histoire politique européenne, comme un modèle de réflexion sur la liberté et la citoyenneté.

Source : Antoine-Baptiste Filippi, La Corse, terre de droit, ou Essai sur le libéralisme latin et la révolution philosophique corse (1729-1804).

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