La question du juste soin est aujourd’hui au cœur de la réflexion bioéthique
La France a choisi de ne pas confier uniquement aux experts la décision sur ce que la médecine peut ou doit faire. Ce choix se manifeste par l’interaction de trois piliers essentiels : le CCNE (Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé), les lois de bioéthique et les États généraux de la bioéthique.
L’édition 2026 des États généraux a été organisée dans un contexte géopolitique complexe, visant à créer un espace de délibération nationale sur les questions du vivant, du soin et des innovations biomédicales, en vue d’une révision de la loi sur la bioéthique prévue pour 2028.
Des innovations en santé au pouvoir inédit
Nous observons une accélération inédite des innovations en santé, notamment dans des domaines tels que la médecine génomique, les organoïdes, les neurosciences et l’intelligence artificielle. Ces avancées modifient les capacités de la médecine et redéfinissent les frontières entre le possible et le légitime.
À l’avenir, nous pourrions avoir la capacité d’agir directement sur les fondements de l’être humain, soulevant des interrogations sur la notion de « progrès pour la personne ». Pour répondre à ces enjeux, la réflexion bioéthique doit être partagée avec la société, en s’appuyant sur des principes tels que la dignité, la liberté individuelle et la solidarité.
20 000 participants et 1 000 scientifiques consultés
La démarche de cette édition des États généraux, survenue après la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, a mobilisé environ 20 000 participants et plus de 1 000 scientifiques. Ce vaste débat a permis d’aborder des thématiques variées, de la génétique au numérique en santé, en passant par la prévention et les inégalités territoriales.
Il est essentiel de noter que ces États généraux ne représentent pas un simple sondage d’opinion. Ils visent à recueillir des arguments sur des questions cruciales, telles que la nécessité d’un dépistage génétique préconceptionnel.
Dépasser la logique du soin pour aller vers la « bonne santé »
La question du juste soin a été au centre des discussions, interrogeant les limites de la médicalisation croissante et la surmédicalisation. Cette réflexion appelle à une évolution des pratiques d’accès aux soins, en tenant compte de l’intérêt général.
Il est également pertinent de s’interroger sur ce que signifie « être juste » envers un patient. La consultation de 2018 avait déjà souligné la place centrale du citoyen dans la médecine de demain, tandis que celle de 2026 met en lumière une bioéthique ancrée dans une conception renouvelée du vivant.
Solidarité intergénérationnelle et consentement au soin
Les rencontres ont également mis en évidence la nécessité de repenser le consentement et la relation entre soignants et soignés. Le public jeune, bien que préoccupé par son avenir, exprime un fort désir de solidarité intergénérationnelle. Cette aspiration a été résumée par le mot d’un participant : « La médecine du moi est indissociable de la médecine du nous. »
Ces États généraux sont donc plus qu’un exercice de consultation ; ils constituent une étape cruciale pour la décision publique en bioéthique, appelant à alimenter les choix qui seront faits lors de la prochaine révision législative.
Source : La Croix
