La protection de l’enfance devrait être un territoire de consensus absolu
À l’Assemblée nationale, une commission d’enquête parlementaire examine actuellement le traitement judiciaire des violences incestueuses parentales à l’encontre des enfants, ainsi que la situation des parents protecteurs, en particulier des mères protectrices.
Les discussions portent également sur les violences psychologiques infligées aux enfants, notamment dans un contexte de séparation conflictuelle. La psychologue Hélène Romano a mis en lumière que, dans ces situations, un parent peut couper l’autre de ses enfants, ce qui constitue une atteinte à la filiation.
Un angle mort de notre vigilance collective
Des exemples concrets illustrent cette problématique : après une séparation difficile, Ludovic ne voit plus ses enfants, qui vivent avec leur mère. Adeline a dû lutter pendant des années contre de fausses accusations de ses fils, manipulés par leur père, avant de perdre tout contact avec eux. Sylvain a constaté un changement de comportement chez sa fille, qui a fini par rompre la communication avec lui. Hélène s’efforce de faire comprendre à son fils qu’elle l’aime toujours, tandis que Sophie a grandi en considérant son père comme un monstre. Pour Lola, cette séparation d’avec un parent complique la construction de son identité.
Ces témoignages proviennent du travail photographique de Marco Barbon, publié sous le titre Le Soleil même la nuit. Ils révèlent une souffrance profonde, celle de parents et d’enfants séparés, souvent ignorée ou niée.
La détection des violences intrafamiliales s’est améliorée, mais leur identification reste insuffisante. Une enquête du ministère du travail, de la santé, des solidarités et des familles a montré que 74 % des personnes interrogées éprouvent des difficultés à repérer ces situations et se sentent mal informées.
Une polarisation inquiétante
Dans des conflits parentaux graves, un enfant peut subir une pression telle qu’il rompt tout contact avec l’autre parent et une partie de sa famille, souvent sans avoir de grief réel. Cette manipulation peut déformer la perception de la réalité de l’enfant, qui devient un instrument dans un conflit adulte.
La protection de l’enfance devrait être un domaine de consensus. Pourtant, elle est devenue le théâtre d’une polarisation croissante. Les violences psychologiques, moins visibles que les violences physiques, sont souvent ignorées.
Aborder ces situations est devenu délicat, les termes utilisés peuvent devenir des pièges. Il est crucial de reconnaître que des parents, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels, peuvent exercer une manipulation psychologique sur leurs enfants pour les inciter à couper les liens avec l’autre parent, créant ainsi une exclusion symbolique.
Maltraitance psychologique
Le débat public s’est durci autour d’une opposition entre défense des mères et défense des pères, ce qui crée un climat de suspicion au sein des institutions. Cette simplification des réalités complexes risque de faire perdre de vue l’intérêt supérieur de l’enfant.
Ne pas reconnaître une forme de violence, quelle qu’elle soit, c’est la laisser prospérer. Il ne s’agit pas de hiérarchiser les violences mais de nommer un phénomène : l’emprise et la manipulation sur des enfants sont des formes de maltraitance psychologique invisibles et silencieuses.
Il est essentiel que les pouvoirs publics promeuvent un discours d’apaisement et de vérité. Renforcer la formation des magistrats et des professionnels de la justice est urgent pour évaluer chaque situation de manière appropriée. Car lorsque des enfants sont instrumentalisés ou privés de relations parentales, leur équilibre, leur identité et leur avenir sont en jeu.
Source : La Croix
