La police espagnole accuse le Maroc d’orchestrer l’afflux de migrants à Ceuta
MADRID – Un rapport de la police nationale espagnole, récemment divulgué, accuse les autorités marocaines d’avoir orchestré un afflux massif de migrants à Ceuta à la fin juillet, dans le but de déstabiliser la frontière espagnole. Selon ce document du Centre national de l’immigration et des frontières (CENIF), des gendarmes marocains auraient conduit des milliers de migrants jusqu’à cette enclave espagnole en Afrique du Nord.
La « planification et l’exécution » de l’entrée de 72 000 migrants à Ceuta les 30 et 31 juillet (80 000 selon les autorités locales), lors de laquelle plus de 100 personnes ont trouvé la mort, auraient été « supervisées par des agents marocains sur le terrain ». Ce rapport a été demandé par l’Audience nationale, la plus haute juridiction pénale d’Espagne, qui mène actuellement une enquête préliminaire sur cette crise frontalière majeure, considérée comme l’une des pires crises de sécurité nationale dans l’histoire récente de l’Espagne.
Le rapport établit un lien entre cet événement et les revendications territoriales du Maroc sur Ceuta et Melilla, une autre enclave espagnole en Afrique du Nord. Jorge Dezcallar, ancien ambassadeur d’Espagne au Maroc, a déclaré que ces revendications avaient joué un rôle clé dans cet incident, permettant aux autorités marocaines de « tâter le terrain » face à un gouvernement espagnol perçu comme affaibli.
Le CENIF conclut que l’objectif du Maroc était de « violer » la frontière espagnole et celle de l’Union européenne « sous le couvert d’une crise migratoire ». Environ 70 000 des personnes entrées à Ceuta sont reparties de leur plein gré en quelques heures.
Ce rapport a suscité une onde de choc à Madrid, mettant en lumière les tensions politiques entre le Parti socialiste (PSOE) et Rabat. Bien que le président Pedro Sánchez ait qualifié cet afflux de « violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne », aucune me concrète n’a été prise à l’encontre du Maroc, que Madrid considère comme un « allié fidèle ».
Les autorités espagnoles et marocaines attribuent la crise aux réseaux criminels de trafic d’êtres humains et à la désinformation sur les réseaux sociaux, une explication contestée par des experts et des forces de sécurité espagnoles. Dans ce contexte, le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a demandé des clarifications sur la véracité du rapport.
Le rapport est actuellement entre les mains de la juge Maria Tardón et du parquet, qui décideront s’il convient d’ouvrir une enquête judiciaire.
(Source : El Español)

