La localisation dans l’humanitaire avance. Les femmes, elles, reculent.
La localisation des postes managériaux dans les ONG a produit un effet non anticipé : l’exclusion accrue des femmes des postes de direction. En cherchant à corriger le néo-colonialisme managérial, les organisations humanitaires ont reproduit une autre injustice. La montée en puissance du personnel national dans les postes de direction a mécaniquement marginalisé les femmes, dans des contextes où leur mobilité et leur accès au leadership restent structurellement contraints. Actuellement, 38 % des employés de Médecins Sans Frontières (MSF) sont des femmes, et 39 % au sein du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) ; ces chiffres n’ont pas évolué depuis quinze ans.
Contexte factuel
Il y a vingt ans, les organisations humanitaires ont entrepris une révolution en réduisant le nombre d’expatriés occidentaux aux commandes et en augmentant le nombre de managers issus des pays d’intervention. Ce mouvement de localisation, bien qu’urgent et nécessaire, a eu des conséquences inattendues qui ont particulièrement affecté les femmes.
Derrière les chiffres de 38 % de femmes dans le pool international de MSF et de 32 % au niveau global, se cache une réalité plus complexe. Pendant des décennies, les femmes expatriées occupaient des postes de coordination sur le terrain, compensant en partie les obstacles que les femmes nationales rencontrent dans leur environnement local.
Données ou statistiques
Le Forum économique mondial estime qu’il faudra 134 ans pour combler les inégalités entre les femmes et les hommes à l’échelle mondiale si le rythme actuel se poursuit. ONU Femmes indique que seulement 17 % de l’aide humanitaire internationale cible l’égalité des genres, contre 50 % dans le secteur de la paix et de la sécurité. De plus, une étude sur les ONG françaises a révélé que seulement 26 % des postes de direction générale étaient occupés par des femmes, une proportion inférieure à celle du secteur associatif général.
Conséquence directe
La logique de localisation, si elle ne prend pas en compte la parité, ne peut pas être considérée comme une véritable décolonisation. Les organisations humanitaires doivent reconnaître que défendre l’autonomisation des populations et promouvoir l’égalité des genres sont deux engagements indissociables. Tant qu’elles ne traiteront pas ces questions ensemble, les chiffres resteront inchangés.
Source : Médecins Sans Frontières, Comité International de la Croix-Rouge, Forum économique mondial, ONU Femmes.
