La Libye prépare des élections nationales, jugées nécessaires mais insuffisantes selon des experts.

La Libye sur la voie d’élections nationales, “nécessaires” mais loin d’être suffisantes

La Libye sur la voie d’élections nationales : nécessaires mais insuffisantes

La Libye semble avancer vers des élections nationales, un pas jugé nécessaire par de nombreux acteurs, mais qui, selon les experts, ne suffira pas à résoudre les problèmes profonds qui gangrènent le pays. Quinze ans après la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye, bien que n’étant plus en guerre ouverte, demeure fragmentée et instable.

Le pays est divisé entre deux pôles de pouvoir : à l’ouest, le Gouvernement d’union nationale basé à Tripoli, reconnu par l’ONU ; à l’est, les forces de Khalifa Haftar, qui contrôlent Benghazi et se présentent comme garants de l’ordre. Cette scission, institutionnalisée depuis 2014, complique gravement la situation politique.

Le paradoxe libyen réside dans le fait que, bien que les deux camps prônent l’unité, chacun souhaite qu’elle s’effectue autour de son propre rapport de force. Un accord signé le 30 août dernier sous l’égide de la Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul) prévoit des élections, la réforme de l’autorité électorale et l’unification des institutions. Cependant, sa mise en œuvre reste fragile et conditionnée à la réunification des gouvernements rivaux.

La Libye conserve des institutions telles qu’une Banque centrale et une compagnie pétrolière, mais celles-ci sont constamment exposées à la rivalité des pouvoirs. La démission récente du gouverneur de la Banque centrale, Naji Issa, illustre cette instabilité. La question du contrôle des ressources pétrolières est cruciale, car les revenus générés sont au cœur des enjeux de pouvoir.

Dans l’est du pays, Khalifa Haftar justifie sa légitimité par la sécurité, tandis qu’à Tripoli, la reconnaissance internationale et les institutions existent, mais sans monopole effectif de la force. Cette dichotomie crée une impasse où ni la sécurité ni la légitimité institutionnelle ne suffisent à établir une autorité nationale.

Les puissances étrangères, comme la Turquie et l’Égypte, naviguent entre les deux camps, cherchant à maintenir des relations avec chacun, ce qui complique davantage la recherche d’un compromis national. Après quinze années de fragmentation, la division est devenue un système de pouvoir en soi.

Les élections, bien qu’essentielles, ne pourront pas résoudre à elles seules cette crise. Une véritable réunification nécessiterait une armée nationale unifiée, une Banque centrale incontestée et des institutions capables d’appliquer leurs décisions de manière effective. Pour l’instant, la question demeure : qui contrôlera les ressources et les flux qui font vivre le pouvoir en Libye ?

Source : Courrier International

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