La justice en Tunisie : une fonction administrative selon une ONG
Cinq ans après le coup de force constitutionnel du président Kaïs Saïed le 25 juillet 2021, l’heure est au bilan. Pour l’association de défense des droits humains Intersection, l’un des points noirs de ces cinq années reste le démantèlement de l’indépendance du système judiciaire. Dans un rapport intitulé « Au nom du peuple » et présenté le 28 juillet 2026, l’ONG décortique les violations et les pressions sur la justice en Tunisie.
Lors d’une conférence de presse au Syndicat tunisien des journalistes, Ghaylen Jlassi, chercheur à l’association Intersection, explique comment l’État de droit et le système judiciaire ont été affaiblis en Tunisie ces cinq dernières années. « Ce qui est inquiétant, c’est que la justice est devenue une fonction administrative qui exécute les ordres et non plus une institution indépendante », souligne-t-il. Il ajoute que la justice fonctionne désormais comme une administration avec une hiérarchie qui a autorité sur des subordonnés, remettant en question sa transparence et son indépendance.
La dissolution du Conseil supérieur de la magistrature, la révocation de 57 juges, ainsi que la poursuite en justice de certains juges de l’association des magistrats, témoignent des pressions sur le système judiciaire. Ces événements sont accompagnés de mutations arbitraires, de sanctions disciplinaires et de campagnes de diffamation.
Ghaylen Jlassi indique que « la révocation des juges a marqué un tournant en 2022, car elle s’est faite sans enquête disciplinaire au cas par cas, ni preuves de manquements professionnels ». Bien que le tribunal administratif ait décrété la suspension de cette révocation pour la majorité des juges, cette décision n’a pas été appliquée. En revanche, les juges qui se défendaient sur les réseaux sociaux ont fait l’objet de procédures judiciaires.
Actuellement, l’association Intersection déclare n’avoir aucune communication avec le ministère de la justice, tout comme d’autres ONG, car elle est dans le viseur. Malgré cela, l’ONG souhaite continuer à documenter et dénoncer les dérives de la séquence politique que la Tunisie vit actuellement.
Source : RFI