La diplomatie de l’eau en Asie centrale
10 juin 2026

En Asie centrale, la gestion des ressources en eau exige une coopération accrue entre les cinq pays de la région. Le Tadjikistan et le Kirghizistan, situés en amont, disposent de glaciers et de sources, tandis que le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan, en aval, sont traversés par les fleuves Amou-Daria et Syr-Daria, ainsi que baignés par la mer d’Aral et la mer Caspienne.
Interdépendance et coopération
Le réchauffement climatique entraîne une légère augmentation des précipitations, mais une diminution du volume des glaciers, affectant la régularité des cours d’eau. Dans ce cadre, la question de l’eau devient celle de la régulation de ses usages et de la concurrence pour sa distribution. En effet, 80 % de l’eau de l’Amou-Daria provient du Tadjikistan, tandis que 74 % de celle du Syr-Daria vient du Kirghizistan. Cette interdépendance résulte des frontières tracées durant l’URSS, qui ne tiennent pas compte des bassins fluviaux.
Les ressources hydriques sont sous pression en raison du gaspillage dans l’agriculture, des besoins énergétiques et des infrastructures souvent vétustes. Le déclin des écosystèmes, notamment ceux de la mer d’Aral et de la mer Caspienne, constitue également une source d’inquiétude.
La coopération régionale est essentielle et nécessite des mécanismes de coordination, une gouvernance améliorée, ainsi que l’échange de données. Des structures comme le Fonds international pour la sauvegarde de la mer d’Aral (IFAS) et la Commission interétatique de coordination des ressources en eau (CICE) existent, mais restent fragiles. Les pays doivent souvent négocier bilatéralement ou trilatéralement en dehors de ces cadres.
Trois défis majeurs se posent : améliorer la coordination institutionnelle, développer un savoir partagé face au changement climatique, et renforcer la diplomatie internationale sur les questions hydriques. Le Sommet régional sur l’environnement à Astana, prévu en avril 2026, vise à favoriser l’utilisation efficace des ressources et à promouvoir des technologies d’économie d’eau.
Un complexe hydropolitique
La notion de complexe hydropolitique implique que plusieurs pays doivent collaborer pour gérer des enjeux multidimensionnels, tels que la navigation, la sécurité alimentaire et énergétique. Les défis sont accentués par le manque de données comparables, les nécessités d’adaptation au changement climatique, et les questions sociales liées à la gestion des ressources.
Le Kazakhstan, en tant qu’organisateur du sommet, propose la création d’un institut de recherche pour lutter contre la dégradation environnementale et une Organisation internationale de l’eau sous l’égide des Nations Unies pour soutenir la coordination régionale.
Des avancées notables se dessinent, notamment un accord bilatéral entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan sur les ressources en eau transfrontalières. Cependant, les discussions multilatérales demeurent peu productives. La configuration « C5 + 1 », qui inclut des acteurs comme les États-Unis et l’Union européenne, pourrait favoriser une approche plus coopérative.
La nécessité de changements vers des modèles économiques durables et l’amélioration des mécanismes d’information posent un défi systémique à ces pays, qui doivent simultanément mettre en œuvre des solutions diplomatiques, techniques et sociétales. La transformation vers une gestion durable de l’eau en Asie centrale se heurte à de nombreux obstacles, soulignant l’ampleur du chemin à parcourir.
Source : Telos
