La France face à la plus grande vague de successions de son histoire
675 000 décès par an, 21 milliards d’euros de droits de succession, des abattements gelés depuis 2012 : la France entre dans la décennie de transmissions patrimoniales la plus chargée de son histoire.
En 2022, la France a enregistré 675 122 décès, soit 115 829 de plus qu’en 2014, représentant une augmentation de 20,7 % sur huit ans. Cette tendance est principalement attribuée à l’arrivée à un âge avancé des 20 millions de Français nés entre 1946 et 1964. La Cour des comptes prévoit un pic continu de successions entre 2025 et 2035, dont les conséquences fiscales, économiques et familiales sont encore largement sous-estimées.
60 % du patrimoine français va changer de mains
Le patrimoine des ménages de plus de 60 ans représente près de 60 % du patrimoine total des ménages français, soutenu par l’immobilier résidentiel et l’assurance-vie. Les recettes de droits de mutation à titre gratuit (successions et donations cumulées) ont atteint 21,2 milliards d’euros en 2025, contre 7 milliards en 2011, témoignant d’une multiplication par trois en 14 ans, sans hausse de barème depuis 2012.
Cette dynamique est décrite par la Cour des comptes comme « essentiellement subie, plutôt que voulue ». Elle résulte de choix législatifs de 2011-2012, de l’augmentation du patrimoine des ménages et de la hausse du nombre de décès annuels. Cela place la France au premier rang de l’OCDE pour le poids de cet impôt par rapport au PIB (0,74 %), contre 0,18 % en Allemagne et 0,08 % aux États-Unis.
L’héritage arrive trop tard
Une étude publiée sur ADCF.org en avril 2026 révèle que 60 % des héritiers ont plus de 60 ans au moment de la transmission. Les tranches d’âge les plus représentées sont celles des 60-69 ans (27,1 %) et des 70-79 ans (20,1 %), tandis que les moins de 30 ans ne représentent que 3,4 % des héritiers.
Cette situation reflète l’allongement de l’espérance de vie, qui est de 81 ans pour les hommes et 87 ans pour les femmes. Les héritiers, souvent propriétaires et parfois retraités, reçoivent l’héritage à un moment où il aurait été plus utile pour des projets économiques tels que l’achat immobilier ou le lancement d’activités.
La donation anticipée, qui pourrait corriger ce décalage, reste principalement entre les mains des plus aisés. Les ménages donateurs affichent un patrimoine brut médian de 425 000 €, soit 2,4 fois la moyenne nationale.
Un système administratif déjà saturé
En 2023, seulement 33,7 % des déclarations de succession ont été enregistrées dans le délai réglementaire de 6 mois. Les notaires, services fiscaux et tribunaux doivent gérer des dossiers de plus en plus complexes, incluant des familles recomposées et des successions vacantes.
La vague démographique à venir augmentera cette pression sans que les ressources aient été adaptées. Le nombre de décès annuels continuera d’augmenter jusqu’au milieu des années 2030, avec les cohortes les plus nombreuses du baby-boom atteignant l’âge de 85 à 90 ans.
Ce que les 10 prochaines années vont changer
Trois effets sont prévisibles :
- Budgétaire : les recettes de droits de succession continueront de croître par effet de volume, indépendamment de toute évolution législative.
- Politique : la pression pour réformer le dispositif fiscal (relèvement des abattements, baisse des taux, incitations à la donation précoce) va s’intensifier.
- Patrimonial : les ménages n’ayant pas anticipé la transmission subiront des frottements fiscaux souvent découverts trop tard.
87 % des Français souhaitent une baisse des droits de succession, bien que 53 % des successions ne soient pas taxées, grâce aux abattements en vigueur. Ce paradoxe complique le débat public, qui sera inévitable dans les années à venir.
Source : Cour des comptes, ADCF.org
