Nucléaire, renouvelables, rénovation énergétique : comment la France peut conquérir son indépendance. Analyse de David Illouz

Nucléaire, renouvelables, rénovation énergétique : comment la France peut conquérir son indépendance

La crise d’Ormuz de 2026, suite à la rupture avec Moscou et la dégradation des relations avec Alger, souligne la dépendance énergétique croissante des Européens envers des fournisseurs jugés peu fiables. Dans ce contexte, la France se tourne vers le nucléaire, notamment avec le projet des réacteurs EPR 2, et les énergies renouvelables pour diversifier ses sources de production. Parallèlement, l’électrification et la maîtrise de la consommation dans des secteurs énergivores comme l’industrie et les hôpitaux deviennent des priorités.

L’expression « zone de guerre » utilisée par la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) pour désigner le détroit d’Ormuz illustre les tensions géopolitiques actuelles. Les événements récents, tels que l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, ont aggravé la dépendance de l’Europe aux énergies fossiles. La fermeture du gazoduc Nord Stream et les tensions avec l’Algérie, un fournisseur clé de gaz naturel, ont mis en lumière la vulnérabilité du continent.

L’indépendance énergétique est ainsi devenue une nécessité pour la France et l’Europe. En réponse, le gouvernement français a élaboré un plan de sobriété énergétique en 2022, suivi d’un plan d’électrification en 2026 visant à atteindre 38 % d’électricité dans la consommation finale d’énergie d’ici 2035. David Illouz, dirigeant de R’Ecologie, souligne que cette prise de conscience n’est pas un retour à la mode, mais une réponse à une contrainte devenue incontournable.

La dépendance gazière de la France n’est pas nouvelle. Un rapport de 2010 du Centre d’analyse stratégique mettait déjà en garde contre cette dépendance croissante. En 2024, l’Union européenne (UE) dépendait à 57,3 % des importations pour sa consommation d’énergie, une augmentation notable par rapport à 1990. Toutefois, la guerre en Ukraine a servi d’électrochoc, réduisant la dépendance énergétique de la France de 51,8 % en 2022 à 41,7 % en 2024.

L’UE a considérablement diminué ses importations de gaz russe, de 45 % en 2021 à 12 % en 2025. Cependant, cette réduction a entraîné une augmentation de la dépendance au gaz naturel liquéfié (GNL) américain, avec un accord signé en mars 2022 pour un volume annuel de 50 milliards de mètres cubes jusqu’en 2030. Les États membres de l’UE pourraient dépendre à 80 % de ce fournisseur d’ici 2028, ce qui soulève des questions sur la fiabilité de cette nouvelle source d’approvisionnement.

Pour David Illouz, la France investit dans son indépendance énergétique par le biais de la relance du parc nucléaire et de l’électrification massive des usages. Emmanuel Macron a annoncé le lancement de six réacteurs EPR 2 et la programmation de huit autres, considérant le nucléaire comme un gage d’indépendance face aux tensions géopolitiques.

Cette stratégie ne se limite pas à la production d’énergie. L’électrification a été érigée en priorité gouvernementale et nécessite la mobilisation des principaux acteurs du secteur pour transformer le parc immobilier et industriel. Le plan d’électrification de 2026 vise à réduire la dépendance aux fournisseurs de gaz tout en garantissant une électricité décarbonée.

Cependant, des obstacles structurels subsistent, notamment une réglementation instable et un manque de clarté sur les aides financières. David Illouz souligne que le blocage est moins technologique que méthodologique, et qu’il est crucial de rendre l’ingénierie financière accessible pour faciliter les décisions d’investissement.

En conclusion, la France se trouve à un tournant décisif. L’évolution des technologies et la prise de conscience collective face aux enjeux climatiques et géopolitiques créent un contexte propice à la réduction de la dépendance énergétique. Reste à transformer ces conditions favorables en actions concrètes.

Source : Analyse de David Illouz, R’Ecologie

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