Tous géopoliticiens ? La politique internationale au prisme de l’opinion
Date : 4 juin 2026

La politique étrangère, souvent considérée comme un domaine à l’abri de la « démocratie d’opinion », montre des signes d’évolution dans l’opinion publique française. Selon un récent sondage Toluna-Louis Harris, commandé par MGH Partners, les Français semblent avoir une vision plus structurée de la politique internationale qu’on ne l’imagine. Réalisé entre le 5 et le 11 mai 2026, l’enquête a été menée auprès de 1 240 personnes et fait suite à une première vague en 2022.
L’empreinte de la guerre dans les esprits
Les récents conflits, notamment l’invasion de l’Ukraine, les massacres du 7 octobre, et la guerre à Gaza, ont profondément influencé la perception des Français. Les mots « guerre », « conflit », « menaces » et « méfiance » dominent les réponses des sondés. La priorité accordée à la « défense de la sécurité du pays contre les puissances extérieures » a ainsi grimpé à 51 %, contre 32 % en 2022. L’importance de la promotion des intérêts économiques et de la lutte contre le terrorisme est également notée, mais à des niveaux légèrement inférieurs.
Le sacre de la solidarité européenne
Dans un climat de méfiance envers l’étranger, les pays membres de l’Union européenne sont perçus positivement. Plus de 70 % des Français voient l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne comme des alliés, tandis que moins de 10 % les considèrent comme des menaces. Cette perception est renforcée par une forte adhésion à une défense européenne, avec 75 % des répondants favorables à cette idée.
Leçon de choses ukrainienne
La solidarité affichée par l’Union européenne envers l’Ukraine a également eu un impact. 86 % des sondés estiment que la France pourrait compter sur le soutien de l’UE en cas d’attaque militaire. Ce soutien pourrait favoriser un consensus autour de l’Europe de la défense, dépassant les réticences historiques.
Confusion trumpienne et révisions déchirantes
La perception des États-Unis a subi un revers significatif, avec seulement 32 % des Français les considérant comme un pays ami, contre 53 % quatre ans auparavant. Malgré cela, l’OTAN demeure une alliance jugée majeure par 84 % des sondés, témoignant d’une ambiguïté persistante.
Les droits et valeurs résistent
Malgré la montée du pragmatisme face aux menaces, les valeurs telles que le respect du droit international restent largement soutenues. 87 % des Français estiment que leur pays doit agir en cas de coup d’État dans un pays démocratique.
Les bons et mauvais points
Concernant les relations bilatérales, le Maroc est désormais perçu comme un ami par 40 % des Français, tandis que la perception de l’Algérie a chuté à 17 % après des tensions récentes. Israël, quant à lui, est davantage perçu comme une menace (35 %) que comme un allié (23 %).
Ces résultats montrent une capacité d’analyse chez les Français, qui font la distinction entre leurs perceptions personnelles et les choix diplomatiques. À l’approche des élections présidentielles, cette réflexion accrue pourrait influencer les décisions politiques à venir.
Source : Sondage Toluna-Louis Harris pour MGH Partners, mai 2026.
