La mortalité des arbres a plus que doublé en dix ans
La forêt française est en crise, avec une mortalité des arbres qui a plus que doublé au cours de la dernière décennie, selon l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). Une étude menée par le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) et publiée dans la revue Nature Communications révèle que, parmi les neuf essences les plus communes, la mortalité naturelle — excluant les coupes humaines, les incendies ou les tempêtes — a été multipliée par un facteur allant de 1,5 à 4 entre 2015 et 2023. Le hêtre commun, particulièrement vulnérable, a enregistré une mortalité plus que doublée entre 2019 et 2023, période marquée par la sécheresse intense de 2022.
Les conditions climatiques, notamment les printemps humides associés à des étés secs, exacerbent cette mortalité. Agnès Pellissier-Tanon, co-autrice de l’étude, explique que la croissance accrue des feuilles lors de printemps favorables entraîne un besoin en eau plus important, rendant les arbres plus sensibles aux sécheresses estivales.
Une adaptation difficile
Actuellement, un tiers de la forêt française est en situation d’« inconfort climatique », et la « sensibilité au feu » pourrait toucher la moitié du territoire d’ici 2050, selon l’Office national des forêts (ONF). Les essences les plus affectées incluent l’épicéa, attaqué par les scolytes, ainsi que le hêtre et le frêne, qui souffrent d’un manque d’eau. À Fontainebleau, la canicule de 2018 a causé des dommages significatifs à un groupe de pins. En forêt d’Orléans, un chêne centenaire peut mettre de quatre à cinq ans à mourir en raison des stress accumulés, une situation que les forestiers appellent « la théorie du boxeur ».
Dans les territoires d’Outre-mer, le renouvellement de la forêt tropicale humide, qui représente la plus grande réserve de biodiversité française, est également menacé. La baisse des précipitations pourrait transformer certaines zones en forêts tropicales sèches, tandis que la montée des eaux affecterait les mangroves d’ici la fin du siècle.
« Les mécanismes d’adaptation naturelle sont en moyenne dix fois trop lents au regard de la rapidité prévisible d’évolution du climat. »
Face à cette situation, les gestionnaires forestiers soulignent la nécessité d’accélérer les efforts de plantation et de diversification des essences. Cela inclut l’assistance à la « migration » d’arbres plus adaptés aux conditions climatiques changeantes, tels que le chêne pubescent et le pin maritime, ainsi que l’introduction d’espèces nouvelles comme le cèdre de l’Atlas.
Un puits de carbone en péril
Les forêts françaises, qui agissent comme le deuxième puits de carbone après les océans, jouent un rôle crucial dans l’atténuation du changement climatique. Elles capturent le CO2, qui, combiné à l’eau et à l’énergie solaire, permet la production de glucose et d’oxygène. Cependant, l’épuisement des forêts entraîne un ralentissement de cette capacité de séquestration.
Le relâchement du carbone est particulièrement aigu lors des incendies, où la combustion libère immédiatement le carbone stocké. Entre 2019 et 2022, le Citepa a observé une diminution moyenne du stockage de carbone de 2,1 % par an. Bien que la forêt continue de stocker un volume net de 39 millions de tonnes de CO2 chaque année, son efficacité est en déclin.
Source : Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), Nature Communications.