Le véritable problème de la politique migratoire européenne
Les événements tragiques survenus la semaine dernière à Ceuta – où au moins 88 personnes ont trouvé la mort en tentant de rejoindre l’enclave espagnole en Afrique du Nord – mettent en lumière les extrêmes auxquels certains migrants sont prêts à recourir pour atteindre l’Europe. Ils révèlent également à quel point l’approche européenne en matière de migration est déconnectée de la réalité.
En réponse à cette crise, l’Italie a rétabli les contrôles aux frontières pour les voyageurs en provenance d’Espagne et a annoncé une « suspension » d’un mois de l’espace Schengen. Le Danemark et la Finlande ont proposé d’exclure l’Espagne de cet espace. Par ailleurs, 22 dirigeants de l’UE, dirigés par Giorgia Meloni et Mette Frederiksen, ont signé une lettre ouverte affirmant leur « volonté de prendre toutes les mes nécessaires » pour freiner l’immigration vers l’Europe continentale.
Il est à noter qu’aucun de ces dirigeants ne semblait conscient que Ceuta est déjà en dehors de l’espace Schengen, avec des contrôles de passeports et de visas en place pour toutes les personnes quittant le territoire. De plus, la petite taille de Ceuta, qui me moins de vingt kilomètres carrés, et les liens étroits de l’UE avec le Maroc, ont conduit à ce que la majorité des 80 000 migrants qui ont tenté d’entrer soient rapidement renvoyés, souvent en moins de 48 heures.
Cette réaction européenne peut être en partie expliquée par des considérations politiques. Cet épisode a permis à certains dirigeants de critiquer les politiques migratoires du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez. Cependant, il semble également refléter une méconnaissance des véritables dynamiques migratoires, notamment la crise économique qui touche de nombreux jeunes au Maroc, où le chômage des 15-24 ans atteint un tiers.
Dans une lettre à Sánchez, Ursula von der Leyen a mis l’accent sur la gestion des symptômes plutôt que sur les causes profondes des flux migratoires, telles que le renforcement des frontières et la lutte contre le trafic illicite. Elle a brièvement évoqué la nécessité d’améliorer les perspectives économiques des pays tiers, mais cette suggestion a été largement ignorée dans les médias.
Les actions actuelles de l’Europe risquent d’aggraver la situation. Les pays riches, y compris les États européens, ont considérablement réduit leurs budgets d’aide internationale ces dernières années. Selon l’OCDE, l’aide au développement des pays riches a diminué de 23,1 % en 2025, atteignant 174,3 milliards de dollars. L’aide nette au Maroc est passée de 2,83 milliards de dollars en 2017 à 1,03 milliard de dollars en 2024, soit une baisse de près des deux tiers.
Les coupes dans l’aide internationale augmentent le risque de futures crises migratoires, surtout à une époque où le changement climatique et les conflits poussent de nombreuses personnes à migrer vers le Nord. Alexander De Croo, ancien Premier ministre belge, a souligné que la stabilité mondiale repose sur des opportunités économiques et la création d’un environnement propice à la croissance.
Il est donc crucial de repenser l’attitude de l’Europe envers la migration. L’hostilité croissante des dirigeants envers les immigrés n’a pas freiné le populisme de droite, qui semble même s’intensifier. Par ailleurs, l’accent mis sur la migration pourrait détourner l’attention des préoccupations urgentes telles que l’augmentation des prix de l’énergie et des denrées alimentaires.
À l’avenir, la réalité démographique obligera les décideurs politiques de l’UE à faire face à ces enjeux. La baisse des taux de natalité signifie que l’Union pourrait entrer dans une période où la croissance ne sera pas soutenue par une augmentation de la population. Cela pourrait conduire à une stagnation économique permanente si des mes appropriées ne sont pas prises.
Source : Euractiv.



