<img src="https://www.telos-eu.com/medias/cache/6e/59/6e5979479e4f0c8facdb1e0f33e2fc8a.jpg"/> <p>Le mois de juin 2026 marquera un tournant historique dans la perception collective du dérèglement climatique en France. Mardi 23 juin, seul 1,2% de la surface terrestre connaissait des températures plus élevées qu’en France, et la majorité du pays était en alerte canicule maximale. Les interrogations sur notre capacité à vivre dans un monde où 40° ou 42°C deviennent une norme estivale se répandent dans l’espace public.</p> <h2>La canicule, nouvelle normalité?</h2> <p>Depuis le début de la deuxième canicule de 2026, les pouvoirs publics, encore marqués par le fiasco de 2003, prennent de multiples initiatives : recommandations aux populations, report des épreuves du bac, mise à disposition de lieux climatisés pour les personnes fragiles, fermetures de certains services publics, horaires d’ouverture étendus pour les piscines. Les critiques pleuvent, et le RN est en embuscade : il coordonne l’action de ses troupes sur le terrain pour lancer une guérilla contre les équipes municipales. Là où le périscolaire ferme, on dénonce l’injuste sort fait aux parents qui travaillent et aux enfants qui doivent rester dans des appartements surchauffés ; là où il reste ouvert, on dénonce l’incurie des édiles qui exposent les plus jeunes à des chaleurs insupportables dans des bâtiments mal conçus.</p> <p>Le journaliste climato-sceptique Pascal Praud, tête de proue des médias de Vincent Bolloré, explique chaque jour sur CNews et Europe 1 qu’il ne s’agit que d’une vague de chaleur, et que l’été, il fait toujours chaud. En réponse, une pétition, qui rencontre un large succès, réclame la suppression de la climatisation sur le plateau de CNews. La SNCF annule de nombreux trains, en raison de l’inadaptation du matériel roulant ou des voies aux fortes chaleurs, et son PDG, Jean Castex, affirme maladroitement que c’est un bien pour un mal, puisque les passagers éconduits évitent ainsi un éventuel coup de chaud dans le train. Sur les réseaux sociaux, les citoyens s’indignent que l’on accepte avec fatalité que la température avoisine les 40° dans les chambres d’hôpital, les crèches, les EHPAD et les écoles : pourquoi n’a-t-on pas anticipé cette situation?</p> <p>À gauche, on dénonce l’incurie des élus de droite qui n’ont pas pris au sérieux le dérèglement climatique et les enjeux de la décarbonation de l’économie, et on s’indigne de leur prétention à climatiser massivement les bâtiments publics, qui se heurterait à des contraintes budgétaires et ne ferait qu’amplifier la crise climatique. À droite, on estime que l’action isolée de la France ne peut avoir aucun effet sur le climat, et on raille le dogmatisme des élus de gauche qui refusent de climatiser les écoles, les EHPAD et les hôpitaux. Pour les uns, la climatisation incarne une capitulation face à l’urgence écologique, un symbole de notre incapacité à repenser notre rapport au confort et à l’énergie. Pour les autres, elle représente un impératif sanitaire, une réponse nécessaire à une réalité déjà bien installée.</p> <h2>Écologie ou confort, une fausse opposition</h2> <p>Le débat sur la climatisation est, comme bien d’autres en France, plutôt pauvre. Il est accaparé, d’une part, par des écologistes véhéments, qui considèrent que les partisans de la climatisation sont des ennemis de la planète, et de l’autre, par des conservateurs qui affirment que vivre dans une maison climatisée ne va pas provoquer la fin du monde. Si l’on fait abstraction des prises de position les plus caricaturales, on constate que la question est complexe.</p> <p>Les opposants à la climatisation soulignent qu’elle contribue à aggraver le problème qu’elle est censée résoudre en consommant d’énormes quantités d’électricité, et qu’elle participe à la formation des îlots de chaleur urbains. D’autres solutions – telles que la plantation de grands arbres, l’isolation des logements, l’adaptation de l’architecture – sont donc préférables. En France, où l’électricité provient massivement du nucléaire et de l’hydroélectricité, la climatisation peut représenter un risque pour la production d’électricité lors des épisodes de canicule.</p> <h2>La climatisation, tabou ou solution?</h2> <p>Comme pour bien des technologies, le vrai problème n’est pas la climatisation en elle-même, mais la manière dont elle est utilisée. Elle n’est pas nécessairement une cause majeure du réchauffement climatique, mais peut au contraire être une réponse à ses effets. Il y a encore vingt ans, une canicule à 40°C était un événement exceptionnel en France. Aujourd’hui, elle est devenue une probabilité estivale récurrente : refuser de s’adapter à cette nouvelle donne, c’est mettre en danger les populations.</p> <h2>Vers une société «clim-responsable»?</h2> <p>La question n’est donc pas de savoir <em>si</em> nous allons climatiser, mais <em>comment</em> nous allons le faire. Plusieurs scénarios sont possibles. Le premier, celui d’une climatisation réservée aux élites, nourrit les critiques à l’endroit de la climatisation. Le deuxième scénario, celui d’une climatisation généralisée et non régulée, pourrait mener à des blackouts. Le troisième scénario est celui d’une climatisation raisonnée, pilotée par les pouvoirs publics, qui permettrait de concilier santé, équité sociale et préservation de l’environnement.</p> <p>La climatisation n’est ni un crime contre l’environnement ni une solution miracle. Refuser par principe la climatisation, c’est prendre le risque de sacrifier des vies. À l’inverse, la généraliser sans stratégie, c’est aggraver la crise climatique et les tensions sociales. Il est donc temps que les pouvoirs publics définissent une stratégie d’ensemble à moyen terme.</p> <p><em>N.B. Ni mon bureau ni mon logement ne sont climatisés, je ne fais pas partie des populations à risque, et je n’ai aucun intérêt dans cette industrie.</em></p>Source : Telos, 29 juin 2026.
