La Chine et la Révolution des Robots : L’Usine du Monde se Réinvente
En 2024, la Chine a franchi un seuil historique en installant 295 000 robots industriels, représentant 54 % des installations mondiales. Ce pays ne se limite plus à être l’atelier du monde ; il ambitionne de devenir le cerveau automatisé de l’industrie globale. Cette initiative est soutenue par le slogan d’État « jiqi huanren », qui signifie « remplacer les humains par des machines », et répond à un vieillissement démographique massif tout en préparant la prochaine étape : le développement de robots humanoïdes à bas coût.
Cependant, cette domination en volume ne se traduit pas nécessairement en domination financière. Les industriels chinois réussissent à réaliser des gains en quantité, mais souffrent d’une baisse des prix et des marges, créant ainsi une déflation dont l’Europe est la première bénéficiaire.
En 2024, la Chine comptait plus de deux millions de robots industriels opérationnels, soit près de la moitié de ceux disponibles dans le monde. Son parc de robots a doublé en trois ans, atteignant cette étape depuis qu’il avait dépassé le million d’unités en 2021. Le pays a produit plus de 150 000 robots chaque année depuis 2020, avec une augmentation de 7 % en 2024 par rapport à l’année précédente. À titre de comparaison, le Japon, deuxième au monde, a installé 44 000 robots, tandis que les États-Unis n’ont enregistré que 34 000 installations.
Cette domination en volume s’accompagne d’une montée en puissance technologique. Plus de 50 % des robots installés dans les usines chinoises étaient produits localement en 2024. La Chine est désormais le premier fabricant mondial de robots, détenant plus de 190 000 brevets valides dans le domaine de la robotique, représentant environ deux tiers du total mondial.
Malgré ces chiffres impressionnants, la densité robotique en Chine reste faible par rapport aux leaders mondiaux, avec 166 robots pour 10 000 employés, plaçant le pays au 22e rang mondial, loin derrière la Corée du Sud (1 220), Singapour (818) ou l’Allemagne (449). Cependant, cette faiblesse relative est atténuée par la masse absolue de robots déployés.
La stratégie de robotisation est inscrite dans le plan « Made in China 2025 », lancé en 2015, visant à automatiser la production pour faire face à des défis tels que la hausse des salaires et le vieillissement de la population. En 2035, environ un tiers de la population chinoise aura plus de 60 ans, et la main-d’œuvre active diminue de cinq millions de personnes par an.
Pour soutenir cette transition, l’État a mis en place des subventions massives, des allègements fiscaux et des prêts industriels estimés à près de 1 900 milliards de dollars pour moderniser les usines. Le plan quinquennal 2026-2030 confirme cette priorité, avec un accent sur la science, la technologie et la modernisation industrielle.
L’émergence des « dark factories » illustre cette révolution, des usines automatisées où les robots remplacent totalement les ouvriers. Ces usines, qui fonctionnent sans lumière ni chauffage, démontrent une efficacité accrue, avec des gains de productivité significatifs.
La Chine prépare également la prochaine étape avec le développement de robots humanoïdes, en investissant plus de 10 milliards de dollars pour des lignes de production. Les coûts de fabrication d’un humanoïde en Chine devraient tomber à 35 000 dollars en 2025, contre 90 000 à 100 000 dollars dans les pays occidentaux.
Malgré cette avancée technologique, la domination en volume ne se traduit pas par une domination financière pour les entreprises chinoises, qui souffrent d’une baisse des marges en raison de la chute des prix.
La robotisation de l’industrie chinoise s’inscrit dans une compétition mondiale croissante, où la Chine devient à la fois le plus grand utilisateur et le plus grand producteur de robots industriels. Cette dynamique pourrait avoir des conséquences profondes sur l’automatisation, rendant l’accès à cette technologie plus démocratique, même pour les petites et moyennes entreprises dans les pays en développement.
Source : Revue Conflits.
