Pourquoi la canicule continue de tuer même après la chute des températures
Alors que les températures redescendent, le bilan humain pourrait continuer de grimper. Après plus de dix jours d’une chaleur exceptionnelle, la France redevient progressivement plus respirable. Cependant, pour les médecins et les autorités sanitaires, le plus dur n’est peut-être pas encore passé : les effets de la chaleur continueront de se manifester plusieurs jours après la fin de l’épisode caniculaire.
Un premier bilan donne déjà la me du choc sanitaire. Depuis le 24 juin, environ 1 000 décès supplémentaires ont été enregistrés par rapport à la mortalité observée les mois précédents, selon Santé publique France. Cette estimation, fondée sur des données encore incomplètes, indique qu’un épisode de surmortalité est en cours.
Plus de 1 200 décès, toutes causes confondues, ont été enregistrés le 24 juin, puis plus de 1 400 les deux jours suivants, contre environ 900 à 1 000 décès quotidiens observés en avril et en mai. Les causes de décès incluent des noyades, des déshydratations sévères ou l’aggravation de maladies chroniques, indiquant que la chaleur ne tue pas uniquement par hyperthermie.
Le signal le plus préoccupant concerne les décès à domicile. Santé publique France observe une hausse d’environ 40 %, particulièrement marquée en Île-de-France. Les personnes âgées représentent 85 % des décès recensés. La chaleur extrême menace également les personnes sans-abri, les travailleurs exposés ou encore les patients atteints de troubles psychiatriques.
L’épidémiologiste Basile Chaix, directeur de recherche à l’Inserm, estime que les vagues de chaleur causent entre 1 000 et 7 000 morts par an en France, avec une probabilité que cet été soit plus proche de 7 000. Les effets de la chaleur surviennent souvent dans les deux ou trois jours suivants, mais certains sont décalés dans le temps, ce qui inquiète les urgentistes.
Les hôpitaux s’attendent à accueillir de nombreux patients dans les jours à venir. Depuis vendredi, les plans blancs, qui permettent de mobiliser davantage de moyens humains et matériels, se sont multipliés dans plusieurs établissements hospitaliers. En Île-de-France, tous les hôpitaux ont été placés en dispositif de crise face à l’afflux de patients et à l’explosion des appels au Samu.
Les professionnels du secteur funéraire expriment des préoccupations similaires, signalant une forte augmentation des décès à domicile. Le millier de décès supplémentaires déjà recensé ne reflète sans doute qu’une partie de l’impact sanitaire de cette vague de chaleur. Les statistiques sur les suicides, les risques liés à la consommation d’alcool ou de drogue, ainsi que les accidents de travail, restent encore à évaluer.
Il faudra plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour mer pleinement l’ampleur de cette canicule. Dans un premier temps, Santé publique France calcule la surmortalité, c’est-à-dire l’écart entre le nombre de décès observés pendant la canicule et celui habituellement attendu à cette période. Le bilan définitif de cet épisode ne devrait donc être connu qu’à la fin de l’année.
Source : France 24