La flemme du samedi soir : comment nous avons tué la fête
Un samedi soir ordinaire. Le centre de Strasbourg, baigné de soleil, résonne des conversations des terrasses. En ce mois de juin, la saison des amours attire les fêtards. En arrière-plan, une salle de concert invite à la danse. Pourtant, un message arrive : « Tu sors ? » « Non… la flemme. » Cette scène est devenue courante dans de nombreux cercles d’amis, où sortir en groupe est devenu l’exception.
En 2021, pendant la pandémie de COVID-19, Le Figaro a alerté sur une nouvelle tendance : la « flemmingite ». Jérémie Peltier, directeur des études de la fondation Jean-Jaurès, affirme que « la société de la fête a cédé sa place à une société de la flemme ». Les chiffres sont révélateurs : en quarante ans, le nombre de boîtes de nuit a été divisé par deux, et peu d’entre elles ont rouvert après les confinements. Les nouvelles technologies, comme les applications de streaming, remplacent les sorties pour draguer, danser ou écouter de la musique.
« Netflix et les écrans seront toujours plus puissants que la fête collective à l’extérieur, vous faisant petit à petit perdre la flamme pour vous plonger dans la flemme. »
La fête semble donc avoir été tuée par un manque de volonté collective.
Tout feu tout flemme
Pierre, 34 ans, évoque une bouteille de schnaps oubliée depuis six mois. « Ça ne serait jamais arrivé quand j’avais 20 ans. » Maintenant, il préfère les salles d’escalade aux bars. La raison ? Des vies professionnelles chargées et des priorités différentes.
Ophélie, journaliste indépendante, partage ce constat. Pour elle, le samedi soir était autrefois sacré. Aujourd’hui, elle ressent un besoin croissant de calme, même en compagnie d’amis.
« Je suis là, en soirée avec plein de gens que j’apprécie, mais au bout d’un moment, il y a l’appel du chez-moi. »
Ce manque d’intérêt pour la fête et la fatigue mentale sont souvent cités comme des raisons de cette flemme.
Paris est une flemme
Sophie, 53 ans, se souvient de ses soirées passées, mais ne trouve plus la magie d’antan. « La fête devient une routine, ce n’est plus la fête. » Pour elle, l’alcool sans échange social devient inacceptable.
Mathilde, photographe, a également changé. Après des années de fêtes, elle préfère désormais passer du temps à jouer plutôt que de sortir.
« Ce n’est pas parce que j’ai la flemme d’aller à un événement que je joue aux Sims. »
Gérard Derosière, chercheur en neurosciences, explique que notre cerveau évalue constamment le coût et le bénéfice de nos actions.
La flemme est finie
Mathilde ne se considère pas comme flemmarde. Elle a appris à se détacher des obligations sociales. Elle se sent désormais libérée de la peur de manquer un événement.
« Avant, je sortais trois fois par semaine, mais j’étais beaucoup plus seule dans mon quotidien. »
La flemme, loin d’être un simple manque d’envie, pourrait être une forme de bien-être. Les recherches Google montrent une augmentation des recherches pour le terme « flemme » depuis 2004, révélant une société qui commence à accepter cette réalité.
Si la flemme a tué la fête, le capitalisme et ses exigences devrait être remis en question.
Source : Le Figaro
