Kunara : capitale d’un monde oublié ?
En périphérie des empires mésopotamiens du IIIᵉ millénaire avant notre ère, un grand centre administratif et culturel a été découvert au pied des montagnes du Zagros. Le site de Kunara, fouillé depuis près de 15 ans, révèle une culture hybride encore méconnue de la région du Lullubum.
Située entre le Tigre et l’Euphrate, la Mésopotamie est une région riche en vestiges archéologiques, essentielle pour l’histoire des sociétés humaines. Elle est le berceau de la néolithisation et de l’apparition de l’écriture. Bien que cette aire soit largement documentée, sa périphérie reste inexplorée. Dans ce cadre, deux archéologues françaises, Christine Kepinski et Aline Tenu, ont mené des prospections au Kurdistan irakien.
Basées à Souleymanieh, les archéologues ont identifié plusieurs sites en 2010. Après discussions avec les autorités locales, trois sites ont été retenus, et les fouilles à Kunara ont débuté en 2012. Les résultats initiaux ont dépassé leurs attentes, et 14 ans plus tard, elles continuent d’explorer le site. Actuellement, environ 70 missions archéologiques sont actives dans la région du Kurdistan irakien.
Kunara : un centre administratif en périphérie de la Mésopotamie
Nichée à 700 mètres d’altitude au pied des montagnes du Zagros, Kunara a révélé des dynamiques culturelles inattendues, remettant en question l’idée d’une périphérie adoptant passivement les pratiques mésopotamiennes. La cité est structurée en trois niveaux : une ville haute, une ville basse et une ville « ultra basse », cette dernière étant difficile d’accès en raison de terres cultivées.
Les fouilles de la ville haute ont confirmé la présence d’un centre administratif, avec un bâtiment monumental dont les murs ment 2,80 mètres d’épaisseur, érigé sur une plateforme de 3,5 mètres. En revanche, la ville basse a révélé des édifices publics et des lieux de rituels, sans traces d’habitations.
Les découvertes matérielles indiquent une richesse culturelle significative, avec des méthodes de construction variées et une céramique richement ornée. De nombreuses tablettes en argile gravées en écriture cunéiforme témoignent de l’activité commerciale et administrative de la ville.
Ces éléments suggèrent que Kunara était un centre administratif important à la fin du IIIᵉ millénaire, possédant une culture propre, bien que influencée par la Mésopotamie. La mention d’un Ensa dans les tablettes mésopotamiennes, un titre pour un gouverneur ou roi, laisse penser que Kunara aurait pu être la capitale d’un État, celui du Lullubum.
De nouvelles fouilles sont prévues pour 2026 sur le site, sous réserve de conditions géopolitiques favorables, avec l’objectif de découvrir des habitations dans la ville « ultra basse », encore inexplorée.
Sources
- Mission archéologique française du Peramagron (Kurdistan d’Irak)
- Pour la science, Aline Tenu
