Karoly Ferenczy : La peinture au contact des corps
Karoly Ferenczy, peintre hongrois, né à Vienne en 1862 et décédé à Budapest en 1917, est actuellement à l’honneur au Petit Palais à Paris, où une exposition lui est consacrée jusqu’au 6 septembre. Cette rétrospective met en lumière un artiste encore méconnu en France, dont l’œuvre explore la relation intime entre la peinture et le corps humain.
Ferenczy se distingue par son approche dépouillée des tendances de son époque, s’éloignant de l’obsession pour la nouveauté et l’originalité. Ses autoportraits, exposés en ouverture, illustrent cette quête de connexion avec ses modèles. Dans l’un d’eux, il se représente tenant un pinceau, tandis que dans un autre, il arrange la coiffure d’un modèle. Un troisième tableau montre sa main effleurant celle d’une femme nue, soulignant l’intimité de leur interaction.
La maîtrise technique de Ferenczy est indéniable. Il a su égaler et même surpasser ses maîtres, tels que Puvis de Chavannes et Bastien-Lepage. Toutefois, la question centrale de son art demeure : quel est le sujet de ses œuvres ? Les paysages, bien que présents, ne sont que des arrière-plans au service des corps qu’il dépeint.
Dans son tableau Octobre (1903), un homme se tient de trois quarts, lisant un journal à l’ombre d’un parasol. La lumière joue sur son dos et ses fesses, révélant une beauté inattendue de cette posture. De même, une aquarelle de 1887 montre un marin dont le regard inquiet et les bras lourds sont capturés avec une précision saisissante.
Parmi ses œuvres marquantes, Jeunes garçons jetant des cailloux (1890) dépeint des enfants observant l’impact de leurs gestes sur le Danube, tandis que Le Départ (1892) évoque la douleur de l’absence, qu’elle soit due à une guerre ou à une séparation.
Avec le temps, Ferenczy réussit à établir une distinction claire entre la photographie et la peinture. Contrairement au photographe qui se détourne de son sujet, Ferenczy touche et caresse les corps de ses modèles, continuant à travailler sur eux même après la pose.
Cette exposition offre une occasion unique de redécouvrir un peintre dont les œuvres, bien que souvent négligées, révèlent une profonde compréhension de la condition humaine à travers le prisme du corps.
Source : L’Express
