Jusqu’à quand les empires accepteront-ils de perdre ?

Jusqu’à quand les empires accepteront-ils de perdre ?

Il est frappant de constater que deux grandes puissances mondiales, les États-Unis et la Russie, se retrouvent actuellement engagées dans des conflits militaires qu’elles peinent à remporter. Récemment, Donald Trump a signé à Versailles ce qui est perçu par beaucoup comme une capitulation face à l’Iran. Pendant ce temps, Vladimir Poutine s’enlise depuis plus de quatre ans dans un conflit ukrainien qui, à l’origine, devait être résolu en trois jours. Dans un contexte où ces deux leaders disposent d’arsenaux nucléaires capables de causer des destructions massives, la question se pose avec une acuité particulière : jusqu’à quand des empires accepteront-ils de perdre des guerres asymétriques ?

La situation en Ukraine, à la mi-juillet 2026, est révélatrice. La Russie continue de gagner du terrain, notamment dans le Donbass, et maintient une pression sur Kharkiv. Cependant, l’Ukraine ne subit plus de défaites et ne parvient pas non plus à reprendre la Crimée par la force. Ce qui est notable, c’est la capacité de l’Ukraine à frapper les infrastructures énergétiques russes, forçant Moscou à interdire ses exportations de gazole pour faire face à des pénuries internes. La stratégie ukrainienne, selon le président Zelensky, consiste à « frapper la Russie au cœur de son territoire pour contraindre Moscou à négocier. »

Cette logique de l’humiliation vise à acculer Poutine, en le forçant à des négociations où il pourrait devoir faire des concessions. Cependant, la dynamique du pouvoir diffère considérablement entre Trump, un président élu, et Poutine, un autocrate pour qui perdre une guerre pourrait signifier perdre son pouvoir. Pour Poutine, cela pourrait avoir des conséquences mortelles, renforçant ainsi son obstination à poursuivre le conflit.

La stratégie ukrainienne comporte des risques. Elle pourrait inciter la population russe, frustrée par la situation économique, à s’opposer à Poutine. Cependant, un Poutine acculé pourrait se révéler encore plus dangereux, augmentant le risque d’escalade, y compris l’utilisation potentielle d’armes nucléaires tactiques.

Nous vivons dans un monde où le système multilatéral établi après 1945 semble en déclin. L’administration Trump a déstabilisé ce système, favorisant un bilatéralisme qui pourrait inciter les grandes puissances à franchir des lignes rouges. Les États-Unis et la Russie, tous deux confrontés à des adversaires militairement inférieurs, illustrent cette dynamique. L’Histoire a montré que les empires ne gagnent pas les guerres asymétriques, non pas par manque de puissance, mais parce que l’adversaire se bat pour sa survie, tandis que l’empire se bat pour des intérêts géopolitiques.

Dans un monde sans arbitre international crédible, la question demeure : que se passera-t-il si un empire doté d’armes nucléaires décide qu’il n’acceptera plus de perdre ?

Source : Romuald Sciora, Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS.

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