Dans ma génération, les gens ne veulent plus faire les mêmes erreurs que leurs parents : ces jeunes actifs qui enchaînent les arrêts maladie
Avec l’arrêt maladie, certains jeunes choisissent la précarité plutôt que de compromettre leur santé mentale. Maxime, 27 ans, employée dans la restauration rapide, témoigne d’une réalité partagée par de nombreux jeunes. Elle se décrit comme « queer » et « grosse », ce qui complique son expérience au travail, parfois jusqu’au harcèlement. Au cours des dernières années, elle a été en arrêt pour burn-out à deux reprises, en plus de plusieurs arrêts liés au surmenage émotionnel, et a récemment subi une opération du canal carpien.
Maxime explique que son état s’est détérioré après son dernier arrêt, entraînant des crises d’angoisse et des troubles du sommeil. Actuellement, elle se forme à la nutrition animale, espérant devenir auto-entrepreneuse, convaincue que « ça n’existe pas, une entreprise où les supérieurs sont bons ».
Tendance au « polyabsentéisme »
Cette situation n’est pas isolée. Une étude de Malakoff Humanis a révélé une augmentation de 25,5 % du taux d’absentéisme dans le secteur privé entre 2019 et 2025, mettant en lumière une tendance au « polyabsentéisme » parmi les jeunes salariés. En 2025, 21 % des moins de 30 ans en arrêt maladie l’avaient été deux fois dans l’année, et 17,5 % trois fois ou plus, un taux supérieur à celui des autres tranches d’âge. Près de 37 % des arrêts chez les jeunes sont liés à des problèmes de santé mentale, qui constituent le premier motif d’arrêts longs tous âges confondus.
Cette hausse des arrêts maladie est une préoccupation pour le gouvernement, qui cherche à réduire les coûts. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé son intention de lancer une réforme des arrêts maladie pour éviter les abus, tandis qu’Edouard Philippe a évoqué la nécessité de « mettre fin à l’open bar » des arrêts de travail.
Ne pas « cravacher » comme ses parents
Virginie Roquelaure, enseignante-chercheuse en management, note que la perception des arrêts maladie a évolué. Autrefois considérés comme une honte, ces arrêts sont aujourd’hui mieux acceptés par la société. Elle souligne que le travail peut déclencher ou aggraver des problèmes de santé mentale, souvent en raison d’un décalage entre les attentes et la réalité du travail.
Marion, 33 ans, ancienne enseignante spécialisée, a également multiplié les arrêts maladie en raison d’un « management toxique ». Elle déclare : « Dans ma génération, les gens ne veulent plus faire les mêmes erreurs que leurs parents », faisant référence à la culture du travail acharné de ses parents.
Marie, 33 ans, a vécu un burn-out en 2022 et a passé près d’un an en arrêt maladie. Elle estime que sa génération est prête à accepter une baisse de salaire pour améliorer sa qualité de vie. L’exigence d’un équilibre entre vie personnelle et professionnelle, autrefois réservée aux parents, est désormais une priorité dès le début de la carrière.
Pour réduire les arrêts parmi les jeunes actifs, Roquelaure préconise une évolution du management français, souvent perçu comme trop vertical, ainsi que l’importance d’une expérience professionnelle précoce pour mieux préparer les jeunes à la réalité du monde du travail.
Source : Malakoff Humanis

