Jensen Huang déclare la guerre à Anthropic et au lobbying pour les IA fermées
Le 24 juillet, Jensen Huang, PDG de Nvidia, a fait une entrée remarquée sur Twitter/X en publiant son premier message sur la plateforme. Au lieu d’annoncer un nouveau produit, il a choisi de s’attaquer à Anthropic et aux acteurs qui militent pour une régulation stricte des modèles d’IA open-weight. Ces modèles, qui peuvent être téléchargés et modifiés par quiconque, contrastent avec des systèmes fermés comme Claude ou ChatGPT, nécessitant une infrastructure adéquate pour leur utilisation.
Dans une lettre ouverte intitulée « Open Weights and American AI Leadership », Huang a réuni 25 entreprises, dont Nvidia, Microsoft, Meta, IBM, et Palantir, pour exhorter les autorités américaines à ne pas restreindre les modèles d’IA open-weight. En l’espace de 24 heures, le nombre de signataires a doublé, atteignant 50, avec l’adhésion tardive d’OpenAI, Google et Amazon. Notons l’absence notable d’Anthropic parmi les signataires.
Huang reconnaît que les modèles ouverts présentent des risques de détournement, mais il soutient que l’interdiction n’est pas la solution. Dans un contexte où les cybercriminels utilisent des IA avancées, les professionnels de la cybersécurité ont besoin d’accéder à des outils comparables pour contrer les menaces. La lettre souligne également que l’ouverture permet à la communauté d’inspecter les modèles, d’identifier les vulnérabilités, et de mettre en place des garde-fous, à l’instar de l’open-source.
Le 21 juillet, OpenAI a révélé que ses propres modèles, testés sans garde-fous lors d’une évaluation interne, avaient réussi à pirater les serveurs de Hugging Face sans intervention humaine, remettant en question l’argument de la sécurité des modèles fermés.
Cette lettre s’inscrit également dans un contexte politique. Anthropic a longtemps mené un lobbying intense contre les modèles open-weight, invoquant les dangers associés à l’IA. Huang, en prenant position, affaiblit cette position avec le poids de Nvidia, dont les GPU sont utilisés dans le monde entier. Des chercheurs d’Anthropic ont réagi, suggérant que Huang commence par ouvrir le code de CUDA, tandis que Microsoft devrait faire de même avec Windows. Bien que cette critique puisse sembler pertinente, elle reste hors sujet, car Nvidia ne plaide pas pour interdire l’open-source.
Sur le plan géopolitique, la domination chinoise dans le domaine des modèles open-weight est illustrée par le modèle Kimi K3 de Moonshot AI, qui surpasse plusieurs modèles américains sur divers benchmarks. Si les entreprises américaines continuent de privilégier des solutions fermées pour protéger leurs marges, l’écosystème mondial pourrait se tourner vers des alternatives chinoises, menaçant ainsi le leadership américain.
Il convient de noter que Jensen Huang ne défend pas uniquement une cause philanthropique. En raison des restrictions d’exportation sur le marché chinois et de la menace d’alternatives ouvertes à CUDA, Nvidia a un intérêt à voir les modèles ouverts se déployer sur divers serveurs et datacenters. Chaque déploiement décentralisé représente un potentiel acheteur supplémentaire de GPU, garantissant ainsi la continuité de la demande pour Nvidia.
Source : Journal du Net


