En Iran, les petites entreprises s’effondrent sous l’effet de la guerre et de la coupure d’Internet
Avant même le déclenchement de la guerre, l’économie iranienne s’enfonçait depuis des années, minée par les sanctions internationales liées aux activités nucléaires du régime, une corruption profonde et une gestion défaillante, rendant la vie quotidienne de plus en plus difficile pour des millions de personnes.
Au cours de la dernière décennie, plusieurs grands mouvements de protestation, locaux ou nationaux, ont été déclenchés par des revendications économiques, notamment en 2019 et en janvier 2026. Des dizaines de milliers de manifestants ont été tués, arrêtés ou blessés.
Depuis le 28 février, date à laquelle les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran, dont le régime a coupé l’accès à Internet, la situation économique s’est fortement dégradée. Des Iraniens issus de la classe moyenne font état d’une situation devenue intenable, redoutant de ne plus pouvoir subvenir à leurs besoins alimentaires dans les mois à venir.
« Nous essayons simplement d’acheter à manger et de garder un toit au-dessus de nos têtes »
Sarina*, propriétaire d’une petite boutique en ligne à Téhéran, a vu son entreprise rencontrer des difficultés depuis que l’accès à Internet a été coupé. Elle déclare : « J’ai une boutique en ligne, donc tout se passe sur Internet. Nous commandons, nous achetons, nous vendons en ligne. Tout dépend d’Internet, surtout d’Instagram, qui est notre vitrine. Depuis janvier, nous ne faisons que perdre de l’argent. Avant, nous réalisions entre 100 et 150 millions de tomans de chiffre d’affaires par mois. Depuis quatre mois, c’est zéro. »
Le témoignage de Sarina concorde avec les chiffres publiés par les autorités iraniennes. Depuis le début de la guerre et la coupure d’Internet, plus d’un million d’emplois ont été supprimés et plus de deux millions de personnes ont perdu leur source de revenus, selon Gholamhossein Mohammadi, vice-ministre du Travail. Des experts indépendants estiment que plus de 20 millions d’Iraniens tirent leurs revenus d’Internet, et que la coupure du réseau coûte environ 80 millions de dollars par jour.
« Il y aura une nouvelle grande révolte provoquée par la faim »
Saman*, PDG d’une petite start-up B2B, a dû licencier 25 de ses 28 employés. « Le secteur privé est mort. Les seules commandes que nous avons encore viennent du secteur public, mais ils n’ont pas d’argent pour payer. » La hausse constante des prix complique encore la situation, avec des coûts d’approvisionnement en forte augmentation.
La monnaie iranienne a perdu plus de 60 % de sa valeur en seulement six mois, plongeant les importateurs dans le chaos. Saman prédit : « Si nous ne sortons pas très vite de cette impasse, il y aura une nouvelle grande révolte provoquée par la faim. »
Situation économique alarmante
En janvier 2026, l’Iran a connu les plus grandes manifestations anti-régime de son histoire, avec des revendications économiques. Selon des organisations de défense des droits humains, le régime a tué plus de 35 000 manifestants en seulement deux jours.
Rima, une femme retraitée, témoigne de la flambée des prix : « Un petit poulet coûte 900 000 tomans, 32 œufs coûtent 600 000 tomans, et un petit panier de fruits et légumes coûte plus de 2 millions de tomans. » Les statistiques officielles indiquent que le prix du riz a augmenté de plus de 300 %, celui de l’huile de plus de 400 %, et les prix alimentaires dans leur ensemble ont progressé d’environ 200 % au cours des 19 derniers mois.
Perspectives sombres
Les start-ups iraniennes ont perdu entre 25 % et 70 % de leurs revenus depuis le début de la guerre, selon leur secteur d’activité. Selon l’Organisation iranienne de protection sociale, plus de 34 millions d’Iraniens vivaient sous le seuil de pauvreté absolue avant même le conflit actuel.
Les noms des témoins ont été modifiés à leur demande pour préserver leur anonymat.
Source : France 24