Investissements : la nouvelle géographie du capital relègue les pays pauvres à la marge
Pour les pays en développement, la bataille ne consiste plus seulement à attirer les investisseurs. Il s’agit désormais d’éviter d’être rayés de la nouvelle carte industrielle mondiale. C’est le constat dressé par l’agence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) dans son Rapport sur l’investissement dans le monde 2026. Les investissements directs étrangers (IDE) ont progressé de 6 % en 2025 pour atteindre 1 600 milliards de dollars, retrouvant ainsi le chemin de la croissance après deux années de baisse. Cependant, cette embellie reste « étroite et fragile », prévient l’agence.
Ce retour de la croissance masque une transformation plus profonde. Pendant des décennies, les entreprises cherchaient avant tout à produire moins cher. Désormais, elles investissent là où se jouent les rapports de force technologiques et géopolitiques. Les chaînes d’approvisionnement se redessinent, les États interviennent de plus en plus dans les choix des entreprises et la sécurité économique devient un nouveau critère d’investissement.
L’ampleur du basculement apparaît dans les secteurs qui attirent désormais les capitaux internationaux. En cinq ans, les investissements annoncés dans des domaines stratégiques – infrastructures de l’intelligence artificielle, semi-conducteurs, minerais critiques, technologies de la transition énergétique et autres technologies sensibles – sont passés de 109 à 576 milliards de dollars. Ils représentent désormais 44 % de tous les nouveaux projets d’investissement internationaux, contre seulement 16 % en 2020.
Cette ruée ne profite qu’à un nombre limité de pays. Les trois principaux pays investisseurs réalisent près de 70 % de ces investissements stratégiques, tandis que les trois premières destinations en captent plus de la moitié. À l’inverse, les pays à faible revenu et ceux à revenu intermédiaire de la tranche inférieure ne reçoivent qu’environ 10 % de ces flux, soit deux fois moins que dans les autres secteurs économiques. Le risque est de voir se creuser une fracture mondiale entre les pays capables de participer aux technologies d’avenir et ceux qui resteront cantonnés aux activités traditionnelles.
Cette nouvelle géographie de l’investissement est également influencée par les gouvernements, qui orientent de plus en plus les flux de capitaux. En 2025, les États ont adopté un nombre record de 229 mes dans ce domaine, ciblant les secteurs jugés stratégiques et multipliant les contrôles sur les investissements sensibles pour la sécurité nationale.
Le paradoxe est que les pays les moins avancés ont enregistré une progression spectaculaire, recevant 43 milliards de dollars, soit une augmentation de 21 % des investissements étrangers en 2025. Cependant, ils ne représentent toujours que 2,7 % des flux mondiaux, ces investissements restant concentrés dans un petit nombre de pays riches en ressources naturelles.
Plus inquiétant encore, l’investissement manufacturier traditionnel, qui a longtemps été le moteur d’industrialisation des économies émergentes, recule. En dehors des secteurs stratégiques, les investissements industriels ont diminué de 17 % entre les périodes 2015-2019 et 2021-2025. La baisse atteint 20 % dans les pays en développement et 65 % dans les pays les moins avancés.
Les pays en développement doivent donc identifier des créneaux réalistes, investir dans leurs infrastructures et compétences, et miser sur l’intégration régionale pour éviter d’être durablement relégués aux marges de l’économie mondiale.
Source : CNUCED
