Ingérence intérieure : la nouvelle arme pour contrôler la parole ?
La notion d’« ingérence intérieure » émerge comme un nouvel outil dans le débat politique français. Selon Bruno Retailleau, « le système va mal mais il se défend bien », illustrant ainsi les efforts du gouvernement, soutenu par le Parti socialiste et Les Républicains, pour maintenir le contrôle sur le discours public. Cette initiative a été mise en avant par la commission culture du Sénat, qui a lancé une enquête sur les « zones grises de l’information » il y a six mois.
Les conclusions de cette commission ont été présentées le 9 juillet. Laurent Lafon, président de la commission, a posé une question cruciale : « Que se passerait-il si une personnalité, un courant de pensée ou un parti politique utilisait les réseaux sociaux comme une arme ? » Ce questionnement fait écho à des événements passés, comme l’appel de Barack Obama en mai 2017 à voter pour Emmanuel Macron.
Le rapport recommande d’élargir les pouvoirs de l’Arcom, l’autorité de régulation, qui pourrait sanctionner des programmes jugés à « risques sérieux ». Un observatoire de la désinformation serait mis en place, censurant tout contenu sur les réseaux sociaux perçu comme « fautif » et menaçant la qualité de l’information.
Dans un communiqué du 15 juillet, Agnès Evren, rapporteur du rapport, a tenté de clarifier ses intentions, affirmant qu’elle ne souhaitait pas que le rapport devienne un outil de cen. Cependant, le rapport semble viser à réduire toute forme de contestation, identifiant des partis politiques ou des personnalités comme des dangers potentiels.
En regardant vers l’élection présidentielle de 2027, Lafon et ses collègues ont formulé 56 recommandations, critiquées comme étant une usine à gaz technocratique. Ce cadre vise à étouffer toute opposition à la pensée dominante, utilisant le prétexte d’ingérence intérieure, une notion jugée vague et liberticide.
Le rapport soulève des questions sur la désinformation, difficile à définir sans tomber dans des dérives autoritaires. Les sénateurs pourraient-ils avoir réagi différemment dans des contextes historiques, comme en 1981, face à des révélations sur François Mitterrand ?
Cette démarche s’inscrit dans une volonté plus large d’Emmanuel Macron de distinguer les médias traditionnels des plateformes commerciales, sous prétexte de protéger la démocratie à l’ère numérique. L’Arcom, en ciblant des chaînes comme CNews, cherche à contrôler le contenu et l’orientation des débats.
Maxime Saada, président de Canal+, a exprimé ses préoccupations concernant l’ingérence du régulateur dans le contenu éditorial. Ce rapport, bien qu’il risque de ne pas aboutir à des réformes concrètes, reflète un état d’esprit alarmant quant à la défense des libertés d’expression en France.
Les implications de cette dynamique soulèvent des inquiétudes sur l’avenir des démocraties libérales. Comme l’indique Michel Onfray, la démocratie libérale pourrait étouffer les voix dissidentes, reléguant les opinions non conformes au silence. Toutefois, l’histoire montre que la vérité finit toujours par s’imposer.
Source : Le Journal du Dimanche
