L’informatique quantique : un enjeu stratégique pour les DSI
L’informatique quantique, bien que n’étant plus uniquement un sujet de laboratoire, ne s’est pas encore imposée comme un outil déployable par les Directions des Systèmes d’Information (DSI) comme le sont les infrastructures classiques. Elle se situe dans une zone intermédiaire, stratégique, axée sur l’anticipation des cas d’usage où le calcul classique atteint ses limites. Pierre Desjardins, cofondateur et directeur général de C12, a été invité à discuter de ces enjeux.
Le quantique promet une rupture majeure, mais nécessite une approche prudente. Les entreprises explorent des domaines tels que l’optimisation de parcours, la simulation moléculaire, et la cybersécurité post-quantique, où les limites du calcul classique sont déjà perceptibles. Les DSI se posent des questions cruciales : quand ces machines seront-elles exploitables ? Comment les intégrer dans des systèmes d’information existants ? Quelles compétences former ? Quels cas d’usage identifier dès maintenant ?
C12, fondée en 2020, se distingue dans le paysage français de l’informatique quantique par son approche des qubits de spin dans des nanotubes de carbone. Cette technologie vise à réduire le bruit quantique, un obstacle majeur à l’industrialisation des qubits. Le nanotube est fabriqué à partir de carbone 12 pur, intégré sur une puce en silicium, permettant à un électron d’y être piégé, créant ainsi un qubit.
C12 ambitionne de fournir un ordinateur quantique tolérant aux fautes et compact. Pierre Desjardins souligne que « sans correction d’erreur, aucun avantage quantique réellement exploitable à grande échelle n’est possible ». Cette tolérance aux fautes est essentielle pour passer d’un prototype scientifique à une machine capable de résoudre des problèmes industriels.
L’entreprise envisage de concevoir un coprocesseur pouvant s’intégrer dans les data centers, sans nécessiter des infrastructures massives. Le quantique ne remplacera pas le calcul classique, mais s’y ajoutera, comme une brique spécialisée. Cette synergie entre CPU, GPU et QPU est particulièrement pertinente dans le secteur pharmaceutique, où chaque type de processeur apporte une valeur ajoutée : le CPU pour l’échelle, le GPU pour la vitesse, et le quantique pour la précision.
C12 prévoit un premier produit en 2027, avec un seul qubit logique, et une montée en puissance vers 2033, avec un objectif de 100 000 qubits physiques et plus de 800 qubits logiques. En attendant, la start-up collabore déjà avec des clients tels qu’Air Liquide, Dassault Aviation et Thales pour identifier les cas d’usage pertinents, tels que la simulation de réactions chimiques et l’ingénierie.
Pour les DSI, le message clé est de ne pas se précipiter vers l’acquisition de machines quantiques, mais plutôt de cartographier les problèmes qui pourraient bénéficier d’un calcul quantique à l’avenir. Le développement d’une compréhension des chaînes logicielles et des impacts de souveraineté est également crucial.
La France, avec son écosystème dense et ses laboratoires, possède un avantage compétitif dans ce domaine, mais cet avantage dépend de la capacité à attirer des financements nécessaires pour continuer à innover. Pierre Desjardins met en garde : « Elle réussira à maintenir cette position avantageuse si elle arrive effectivement à tirer le niveau de capital nécessaire pour continuer ».
L’informatique quantique représente donc à la fois un défi scientifique et un enjeu industriel. Pour les DSI, il ne s’agit plus de se demander s’il faut s’y intéresser, mais comment s’y préparer efficacement.
Source : Informatique News.
