« Ce que je demande, ce n’est pas du tout un privilège » : les « papas Dépakine » veulent être indemnisés comme les mères
Plusieurs dizaines d’hommes, surnommés les « papas Dépakine », ont lancé un appel le 10 juillet pour demander au gouvernement une indemnisation. Ces hommes, ayant pris de la Dépakine, un antiépileptique, ont des enfants nés avec des malformations ou des troubles du neurodéveloppement. Cette demande d’indemnisation fait suite à un droit accordé aux mères depuis environ dix ans.
En 2016, l’État a reconnu que les « mamans Dépakine » pouvaient obtenir une indemnisation de l’ONIAM, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux. Ces femmes ont pris de la Dépakine pour traiter leur épilepsie, sans avoir été informées des risques d’effets secondaires graves par le laboratoire Sanofi, entraînant la naissance d’enfants atteints d’autisme ou lourdement handicapés.
Jean-Marc Laurent, un des « papas Dépakine », a également pris ce médicament pendant des années. Sa fille Margaux, âgée de 17 ans, est handicapée. Il déclare : « Ce que je demande, ce n’est pas du tout un privilège, c’est une égalité de traitement dans le dispositif de l’ONIAM, comme pour les femmes. »
Le lien entre la prise de Dépakine et le handicap des enfants a été établi scientifiquement il y a une dizaine d’années. Cependant, la reconnaissance des pères dans ce contexte est beaucoup plus récente, confirmée par une étude française de 2025, qui a révélé qu’il y aurait plus de 500 enfants nés de « papas Dépakine ».
La charge financière que cela représente est considérable. Saïda Zerouali, dont le père a pris de la Dépakine dans les années 80, explique que son frère, lourdement handicapé, nécessite des aménagements importants dans leur domicile. Elle souligne l’urgence de l’indemnisation pour faire face à ces coûts croissants.
Le fonds de l’ONIAM a déjà indemnisé un millier d’enfants, avec des montants pouvant atteindre un million d’euros par enfant. Actuellement, seul l’État finance ce fonds, sans contribution de Sanofi. Marine Martin, présidente de l’Apesac, reçoit régulièrement des appels de pères en quête de justice. Elle plaide pour une modification de la loi afin d’inclure les pères dans le dispositif d’indemnisation.
Silvana Silvani, sénatrice communiste de Meurthe-et-Moselle, a proposé de faire l’intermédiaire et a obtenu un rendez-vous avec les conseillers du cabinet de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. Elle espère que l’autorisation d’indemniser les « papas Dépakine » sera intégrée cet automne aux lois sur le budget ou la Sécurité sociale.
Source : Radio France
