IA : La promesse à l’épreuve des marchés
21 juillet 2026
Le 12 juin 2026, SpaceX a fait son entrée en Bourse, suivie onze jours plus tard par l’émission de 25 milliards de dollars d’obligations. Initialement, les trois grandes agences de notation ont attribué à cette dette la catégorie « investissement ». Cependant, à la mi-juillet, l’obligation à échéance en 2056 affichait une prime de rendement proche de celle des émetteurs spéculatifs. Ce phénomène, bien que surprenant, n’est pas contradictoire ; les agences évaluent principalement la capacité de remboursement à moyen et long terme, tandis que l’écart de rendement prend en compte la durée, la liquidité de l’obligation et l’appétit des investisseurs pour le risque.
Ce changement de régime est significatif. Depuis sa cotation, SpaceX est soumis à des jugements publics, parfois divergents, de la part des actionnaires et créanciers. Bien que la société intègre Grok, l’IA lancée par Elon Musk, elle reste principalement axée sur les activités spatiales et de connectivité, ce qui la rend difficilement comparable à des entreprises comme OpenAI ou Anthropic. Néanmoins, elle offre un cadre utile pour envisager leurs projets d’introduction en Bourse, qui soumettent le cœur économique de l’IA au jugement des marchés.
L’OCDE a estimé en 2025 que les investissements mondiaux en capital-risque dans l’IA s’élevaient à 259 milliards de dollars. Cette même année, neuf grands acteurs technologiques liés à l’IA ont émis 122 milliards de dollars d’obligations. La Banque des règlements internationaux évalue que le crédit privé accordé aux secteurs liés à l’IA dépasse désormais 200 milliards de dollars. Ces chiffres témoignent d’une architecture financière hybride, où les entreprises développant des modèles d’IA sont principalement financées par des fonds propres privés et des investisseurs stratégiques.
Le passage des marchés privés aux marchés cotés représente un test crucial. Dans le privé, les investisseurs peuvent examiner les comptes et négocier des protections, mais les valorisations demeurent souvent ponctuelles et difficiles à comparer. Une cotation impose la publication régulière d’informations financières auditées, élargissant ainsi la base d’investisseurs et transformant la valorisation en un prix continuellement révisé.
Les projets d’introduction en Bourse d’OpenAI et d’Anthropic sont désormais essentiels. En juin 2026, les deux entreprises ont déposé un dossier auprès du régulateur américain, sans calendrier précis pour leur cotation. L’introduction en Bourse ne ferait pas entrer le risque lié à l’IA dans le système financier, car il y est déjà présent à travers diverses entreprises. Cependant, ces introductions permettraient de juger directement des entreprises qui incarnent le récit central de l’IA.
Trois scénarios se dessinent. Des introductions triomphales à des valorisations élevées pourraient renforcer l’idée d’une IA générative à rentabilité rapide, mais augmenteraient l’exposition au risque. À l’inverse, des opérations plus disciplinées, à des prix prudents, obligeraient OpenAI et Anthropic à prouver la soutenabilité de leurs coûts et la conversion de l’adoption en profits. Enfin, un report ou une forte décote de ces opérations pourrait entraîner une réévaluation des conditions de financement dans le secteur.
Ainsi, les répercussions pourraient s’étendre aux infrastructures et à l’économie réelle. Les grands indices américains, fortement concentrés autour de valeurs technologiques, pourraient voir leur valeur affectée, impactant le sentiment de richesse et la consommation.
En conclusion, les projets d’introduction en Bourse d’OpenAI et d’Anthropic marquent un tournant, fournissant un nouveau point de référence à l’ensemble de la chaîne de financement de l’IA. Ce test boursier déterminera si les revenus de l’IA se matérialisent suffisamment rapidement pour justifier les capitaux mobilisés.
Source : OCDE, Banque des règlements internationaux
