IA et emploi : la note du Trésor et les métiers qualifiés exposés — ActuIA

IA et emploi : la note du Trésor et les métiers qualifiés exposés

Dans sa note Trésor-Éco n°391 publiée le 30 juin 2026, la Direction générale du Trésor indique que l’effet net de l’intelligence artificielle (IA) sur l’emploi demeure indéterminé. Ce document souligne un changement de paradigme : des métiers qualifiés tels que ceux de la finance, de l’assurance, de l’informatique et de l’édition figurent désormais parmi les plus exposés à l’impact de l’IA.

La note met en avant une approche prudente, précisant que l’IA influence le volume d’emploi par le biais de deux canaux opposés. D’une part, elle peut remplacer des travailleurs dont les tâches sont automatisables ; d’autre part, elle peut accroître la productivité, réduire les coûts et stimuler la demande de main-d’œuvre. Les effets nets dépendent de facteurs encore incertains, tels que le rythme d’adoption de l’IA et la réorganisation des entreprises.

Les études empiriques, selon les auteurs, ne permettent pas de déterminer l’effet total de l’IA sur l’emploi en raison d’un manque de recul et d’une adoption encore limitée. Bien que des gains de productivité significatifs aient été observés, de +14 % pour les agents de service client à +26 % pour les développeurs informatiques, ces résultats ne se traduisent pas nécessairement en destructions ou créations d’emplois à l’échelle agrégée. Les estimations indiquent que la part des emplois « exposés » à l’IA varie entre 5 % et 60 %, sans présager de suppressions de postes.

Un aspect notable de la note est qu’elle révèle un renversement par rapport aux vagues d’automatisation précédentes, qui avaient principalement touché les travailleurs manuels. Avec l’IA générative, les professions qualifiées sont désormais également concernées. À court terme, les secteurs à forte valeur ajoutée, tels que la finance, l’assurance, l’informatique et l’édition, sont jugés plus exposés, tandis que des secteurs comme l’agriculture et la construction le sont moins.

La note souligne également que le niveau de qualification ne prédit pas de manière fiable l’impact de l’IA sur un travailleur. Les tâches répétitives et codifiables, telles que celles des télévendeurs ou des secrétaires, sont plus susceptibles d’être remplacées, tandis que d’autres professions, comme celles des juristes ou des médecins, pourraient bénéficier d’une complémentarité avec l’IA.

Un point préoccupant est le ralentissement de l’insertion professionnelle des jeunes. Une étude citée par le Trésor montre un recul de 16 % de l’emploi des 22-25 ans dans les professions les plus exposées à l’IA aux États-Unis entre novembre 2022 et juillet 2025. En France, les activités informatiques montrent également une contraction de l’emploi des jeunes, ce qui soulève des inquiétudes sur l’automatisation des tâches d’entrée de gamme.

À long terme, le Trésor évoque un scénario de « destruction créatrice », en se basant sur des tendances historiques où les innovations ont généralement créé plus d’emplois qu’elles n’en ont détruits. Toutefois, un risque de substitution massive du capital au travail qualifié pourrait se matérialiser si l’IA se généralise. Une recommandation clé de la note est la nécessité d’un accompagnement public, notamment en matière de formation, pour soutenir la reconversion des travailleurs et diffuser l’IA dans l’économie.

La note du Trésor s’inscrit dans un contexte plus large où d’autres analyses convergent vers un diagnostic similaire. Fin juin 2026, OpenAI a présenté des données indiquant qu’en France, 13 % des emplois présentent un potentiel élevé d’automatisation, tandis que 29 % nécessiteront une réorganisation.

Ces éléments soulignent l’importance d’une réflexion approfondie sur l’impact de l’IA sur le marché du travail, ainsi que sur les politiques publiques à mettre en place pour accompagner cette transition.

Source : Trésor-Éco n°391, Direction générale du Trésor

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