Humanitaire de proximité : pourquoi ses travailleurs sont moins préparés psychologiquement que ceux qui partent à l'étranger

Humanitaire de proximité : des travailleurs moins préparés psychologiquement

Médecins Sans Frontières (MSF) a observé à Dunkerque que travailler auprès des migrants en France expose à des traumatismes réels, et que les équipes sur place sont moins préparées que celles intervenant à l’étranger. Bien que MSF soit bien connue pour ses missions en zones de conflit comme Gaza, l’Ukraine ou le Soudan, son intervention à Dunkerque révèle des défis psychologiques similaires à ceux rencontrés sur les terrains internationaux.

Les travailleurs humanitaires en France se confrontent à une réalité souvent inattendue. En effet, l’État de droit et le système social, censés protéger les droits fondamentaux, ne préviennent pas la souffrance des migrants. Des personnes vivent dans des conditions précaires, bloquées par des procédures administratives. Cette situation, qualifiée de violence institutionnelle, engendre une dissonance cognitive chez les professionnels, qui doivent jongler entre leurs attentes et la réalité qu’ils rencontrent.

Les équipes de MSF à Dunkerque sont confrontées à plusieurs mécanismes psychologiques. D’abord, la dissonance entre l’image rassurante de la France et la réalité des migrants. Ensuite, le contraste entre la vie quotidienne et le travail, qui crée un effort psychique non mesuré. Un autre facteur est la culpabilité ressentie lorsqu’ils vivent des moments normaux, en opposition à la misère qu’ils voient au travail. Enfin, l’effet de surprise, dû à un manque de préparation, amplifie le traumatisme vécu par ces travailleurs. Ce phénomène, connu sous le nom de traumatisme secondaire, touche de plus en plus les professionnels de l’humanitaire de proximité.

La réponse à ces défis existe, mais elle nécessite des ressources financières. La préparation des équipes et le soutien psychologique doivent être intégrés dans le temps de travail, plutôt que considérés comme des activités annexes. Cependant, les organisations peinent à financer ces mes, souvent jugées non productives par les financeurs.

Travailler dans l’humanitaire de proximité implique d’accepter des réalités difficiles, nécessitant une préparation adéquate et un soutien continu. Les risques psychologiques ne sont pas proportionnels à la distance parcourue, mais à l’intensité des expériences vécues. Les organisations doivent assumer la responsabilité d’informer et de soutenir leurs équipes pour garantir des conditions de travail adéquates.

Source : Médecins Sans Frontières

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