Huawei présente la loi Tau pour ses puces Kirin : une réponse aux sanctions américaines
Le 25 mai 2026, He Tingbo, responsable des semi-conducteurs chez Huawei, a annoncé lors du symposium international IEEE à Shanghai une nouvelle initiative, la loi Tau, également connue sous le nom de « Her’s Law ». Cette loi vise à remplacer la miniaturisation des transistors, prônée par la loi de Moore, par une optimisation du temps de propagation des signaux dans les circuits. Cette annonce intervient alors que Huawei fait face à des sanctions américaines qui l’empêchent de fabriquer ses puces chez TSMC et d’accéder aux technologies d’ASML.
La loi de Moore, qui a guidé l’industrie des semi-conducteurs depuis soixante ans, stipule que le nombre de transistors dans une puce double environ tous les deux ans. Cependant, cette approche rencontre désormais des limites physiques et économiques. La loi Tau propose de réduire le temps nécessaire aux signaux électriques pour traverser les circuits, ce que Huawei désigne par la constante de temps τ.
Pour mettre en œuvre cette nouvelle approche, Huawei a développé une architecture nommée LogicFolding, qui organise les circuits en trois dimensions. Cette méthode, selon l’entreprise, permet d’augmenter la densité des transistors et d’améliorer l’efficacité énergétique sans recourir à des procédés de gravure plus avancés. Huawei affirme avoir déjà appliqué cette logique à 381 puces produites en série au cours des six dernières années, couvrant divers domaines tels que les smartphones et le calcul IA.
Le Kirin 2026, prévu pour cet automne dans la gamme Mate 90, sera le premier chipset à adopter pleinement l’architecture LogicFolding. Selon Huawei, cette puce affichera une densité de transistors de 238 millions par mm², soit une augmentation de 55 % par rapport à son prédécesseur, le Kirin 9030 Pro. L’efficacité énergétique devrait progresser de 41 % et la fréquence maximale de 12,7 %.
À l’horizon 2031, Huawei vise à atteindre une densité de transistors comparable aux procédés à 1,4 nanomètre, tandis que TSMC et Intel prévoient d’atteindre ce niveau pour 2028 et 2029 respectivement. Cela placerait Huawei à deux ou trois ans derrière ces leaders de l’industrie.
Cependant, plusieurs éléments incitent à la prudence. Aucune donnée de performance n’a été vérifiée par un laboratoire indépendant, et les chiffres fournis proviennent uniquement de l’entreprise. De plus, même avec les avancées annoncées, le Kirin 2026 pourrait rester en retrait par rapport aux puces concurrentes comme l’Apple A19 Pro ou le Snapdragon 8 Elite Gen 5.
Pour les consommateurs européens, l’intérêt à court terme pourrait être limité, le Mate 90 étant prévu en volumes restreints sur le continent. De plus, l’absence des services Google sur les appareils Huawei représente un compromis important. Malgré cela, Huawei détient déjà 20 % du marché chinois des puces IA, profitant des conséquences des sanctions américaines sur ses concurrents Nvidia et AMD.
La loi Tau représente ainsi une réponse industrielle aux défis posés par Washington et un tournant technique pour Huawei, dont l’impact sur le marché ne sera mesurable qu’à long terme.
Source : Nikkei Asia
