La Hongrie et l’Ukraine: une réconciliation sous conditions

La Hongrie et l’Ukraine : une réconciliation sous conditions

18 juin 2026

Le 4 juin 2026, la Hongrie a signé un accord avec l’Ukraine concernant les droits de la minorité hongroise en Transcarpathie. Cette date est chargée de symbolisme, car elle coïncide avec la signature du traité de Trianon en 1920, qui a vu la Hongrie perdre une grande partie de son territoire et de sa population. Le nouveau Premier ministre, Peter Magyar, a également levé un veto de dix-sept mois sur les négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, un geste qui marque une rupture avec l’ère de Viktor Orbán.

Cet accord a été présenté comme une opportunité de renouveler les relations entre Budapest et Kiev, mais il s’inscrit dans un contexte de contraintes budgétaires. La Hongrie fait face à une perte potentielle de plus de 16 milliards d’euros de fonds européens si un plan de réformes n’est pas soumis à Bruxelles avant fin août 2026. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a conditionné le déblocage de ces fonds à une évolution de la posture de Budapest sur l’Ukraine.

Peter Magyar a donc adopté une stratégie pragmatique, cherchant à maximiser les intérêts de la Hongrie. L’accord repose sur un plan d’action plutôt que sur des modifications législatives immédiates, ce qui permet de différer la mise en œuvre des engagements ukrainiens sur la protection des minorités jusqu’à fin 2026-2027. La Hongrie se réserve également le droit de revenir sur sa décision jusqu’à la conférence de Luxembourg du 15 juin.

Malgré ce développement, plusieurs obstacles demeurent. La représentation de la minorité hongroise à la Verkhovna Rada reste incertaine, et des questions comme l’utilisation de l’hymne hongrois dans les écoles sont encore en litige. Ces points, bien que techniques, peuvent devenir politiquement explosifs dans le contexte actuel.

La dynamique politique en Hongrie est également influencée par la nécessité de se démarquer d’Orbán. Si les fonds européens sont débloqués et que la pression budgétaire s’allège, les incitations à maintenir une coopération étroite avec l’Ukraine pourraient diminuer.

L’accord du 4 juin est donc un pas vers une réconciliation, mais il est fondé sur des intérêts pragmatiques plutôt que sur une amitié renouvelée. La relation entre la Hongrie et l’Ukraine est désormais marquée par des calculs mutuellement compatibles, dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes.

Source : Telos

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