Métonymie et faux raccord – sur « Where Thoughts Provoke » de Henry Taylor

Le musée Picasso à Paris présente la première rétrospective française de Henry Taylor, peintre afro-américain né en 1958. L’exposition explore des thèmes liés à l’histoire esclavagiste et ségrégationniste, en offrant une vision haptique à travers une composition complexe de strates temporelles et perceptives.

Les visiteurs sont invités à s’immerger dans les œuvres sans préjugés, en se laissant guider par leur ressenti. Dès l’entrée, le tableau We Were Framed (2014) attire l’attention, mis en perspective avec une sculpture de 2021, deux tréteaux antiques et une tête de cheval en bronze ornée de faux crins.

Dans le tableau, les figures humaines dominent la composition. Un homme afro-américain en veste bleu marine se tient au premier plan, tandis qu’un garçon plus pâle, à côté de lui, semble également nous observer. À gauche, une silhouette de dos, habillée d’une chemise blanche et d’un chapeau noir, se tient devant un cheval bleu nuit. L’œuvre oscille entre fauvisme et expressionnisme.

Il est crucial de noter que les personnages de We Were Framed ne partagent pas un même espace réaliste. Une main immense, surgissant derrière la tête du personnage secondaire, ne se raccorde à aucun des autres éléments. Ce tableau crée ainsi des relations visuelles plutôt qu’une narration linéaire. Les couleurs et les formes résonnent entre elles, tandis qu’une anomalie, la jambe gauche du personnage au cheval, semble inachevée, avec une partie manquante qui pourrait être interprétée de manière provocante.

Les pieds d’un tréteau, semblable à ceux exposés à proximité, se chevauchent et forment une sculpture équine. Sur la chemise du palefrenier, des inscriptions intriguent le spectateur.

Éric Loret

Critique, Journaliste

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