L’enquête-fiction : une exploration du vivant
L’ouvrage « L’enquête-fiction » propose une approche novatrice où l’enquête documentaire se mêle à la fiction. À travers un récit choral, il s’articule autour de douze polyphonies, telles que « Harpea. Polyphonie de l’enfoui » et « Betizu. Polyphonie des bestioles », ainsi qu’une treizième polyphonie consacrée au mot basque « Gorri », signifiant « rouge ». Ce mot, qui évoque la couleur du sol, du sang et des paysages, traverse l’ensemble de l’ouvrage, symbolisant la connexion entre le vivant et le cycle de vie et de mort.
Deux figures clés émergent : la brebis manech tête noire (Buru Beltza) et les grottes d’Isturitz et d’Oxocelhaya. La brebis, bien que peu productive, représente une autre manière d’habiter le territoire. Sa présence dans la montagne rappelle une relation plus authentique avec la nature. Les grottes, quant à elles, ouvrent un dialogue avec les mémoires géologiques et humaines, révélant l’invisible sous la surface du paysage.
La photographie, en tant que geste fondateur, s’inscrit dans une pratique de temps long, tandis que les archives et les textes enrichissent la narration. Ensemble, ces éléments forment une géopoétique du territoire, où se croisent géographie, esthétique et éthique.
Des questions politiques émergent également : que devient le monde paysan face à l’industrialisation ? Comment habiter un monde dominé par le numérique ? Hélène David souligne que « faire un livre est déjà un geste politique », un acte tangible qui vise à faire circuler des idées.
Ce travail éditorial se distingue par une conception graphique réfléchie, réalisée par Céline Pévrier et le studio Typical Organization, qui prolonge cette réflexion sur la matérialité. L’ouvrage se termine sur une note poétique avec les mots de la poétesse basque Itxaro Borda, qui évoque le lien entre l’écriture et la nature.
Source : Hélène David, « L’enquête-fiction ».
