On ne peut pas les laisser mourir

Les canicules précoces et répétitives qui ont éprouvé le Haut-Rhin ont des répercussions visibles sur les cours d’eau du département. La Doller, la Fecht, la Lauch. Les ruisseaux et rivières sont asséchés sur des kilomètres, menaçant la survie des poissons. Les associations de pêche, démunies, tentent de limiter les dégâts.

À Roderen, des membres de l’association de pêche de la Vallée de la Thur sont penchés au-dessus de ce qu’il reste du ruisseau. Depuis quelques jours, la Thur est réduite à l’état de flaque, asséchée par les canicules à répétition que connaît le Haut-Rhin depuis le mois de juin. Un triste spectacle pour les bénévoles de l’association, qui se sont rassemblés pour une opération d’urgence. Objectif : sauver les poissons pris au piège dans cette petite mare. « On a hésité pendant deux jours et sur ce laps de temps on a déjà observé de la mortalité dans la cuvette », se désole Thierry Stiker, président de l’AAPPMA (Association agréée pour la pêche et la protection du milieu aquatique) Vallée de la Thur. « La température de l’eau va chauffer très vite avec les conditions météo et tout peut basculer en 24 heures. »

Les truites, qui ne s’alimentent plus lorsque l’eau dépasse 20°C, risquent de mourir au-delà de 25°. Armés de seaux et d’épuisettes, les bénévoles pêchent les poissons encore vivants, pour ensuite les remettre à l’eau dans un ruisseau encore viable. « Les milieux sont tous un peu en souffrance, il faut donc les relâcher dans une zone pertinente », souligne Iwen Namokel, responsable technique de la fédération de pêche 68.

Cette opération de sauvetage n’est que la première d’une longue série, qui se répétera sûrement dans d’autres points d’eau du département au fil de l’été. « Il n’y a pas eu de neige, il n’y a pas eu de pluie de tout le printemps, actuellement il n’y a pas d’orage. Ça va être compliqué cette année et pour celles à venir, on va sûrement répéter cette opération d’année en année. Même si ce n’est pas la vraie solution », temporise Thierry Stiker.

Les efforts déployés pour sauver ces truites attirent la curiosité des passants, qui soutiennent et saluent l’initiative. Cependant, les visages des membres de l’association et de la fédération de pêche sont déconfits. Pour eux, cette action est synonyme d’échec pour la biodiversité. « Ce n’est qu’un pansement sur une jambe de bois puisqu’on ne fait que déplacer le problème », admet Iwen Namokel.

À quelques kilomètres de là, la Lauch, rivière deux fois plus imposante que le Thur, connaît le même sort. À sec sur une dizaine de kilomètres entre Colmar et Guebwiller, des poissons se sont regroupés dans ce qu’il reste d’eau. « Il n’y a plus de vie là-dedans », constate Axel Grob, chargé de développement à la Fédération de pêche 68. « On a déjà ramassé les cadavres de dizaines de poissons la semaine dernière, il y en avait tellement qu’on n’a pas pu quantifier. »

Dans le lit de cette rivière morte, des plantes ont déjà commencé à pousser. La flore reprend ses droits au détriment de la vie aquatique. « Ça fait dix ans que j’interviens ici », explique un professionnel venu relever l’une des 120 sondes de la fédération, qui ment la température de l’eau. « Il y a dix ans, j’avais de l’eau jusqu’au niveau du ventre. Là, c’est la première année que le cours d’eau est aussi bas. »

Les zones de réchauffement des rivières sont des fléaux que l’organisme scrute de près. Rien qu’un ou deux degrés supplémentaires peuvent faire basculer le cours d’eau dans le rouge, dépassant la température létale pour les organismes vivants qui l’habitent. Du côté de la Fecht, bien que la rivière coule, la fédération constate une hausse de sa température de 4 degrés.

Des solutions existent, telles que l’augmentation des zones d’ombre et la réduction de l’artificialisation des berges, mais restent encore à appliquer pour sauver les cours d’eau.

Source : France Télévisions

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