ENTRETIEN. Hausse du chômage, en particulier chez les jeunes : pourquoi le gouvernement a commis

Hausse du chômage : les jeunes en première ligne

À 8,3 % de la population active, le taux de chômage en France atteint son niveau le plus élevé depuis l’automne 2019, selon les chiffres de l’Insee publiés ce vendredi. Le nombre de personnes sans emploi et en recherche active a augmenté de 62 000 par rapport au trimestre précédent, et c’est chez les jeunes de 15 à 24 ans que la progression est la plus marquée, avec une hausse de 0,4 %. Éric Heyer, spécialiste du marché du travail à l’OFCE, analyse les raisons pour lesquelles cette catégorie est particulièrement touchée lors des retournements économiques.

Lorsqu’un retournement économique se produit, les jeunes, souvent en contrats courts, sont les premiers à perdre leur emploi. De plus, les nouvelles promotions arrivent sur un marché du travail qui ne recrute plus. Un facteur supplémentaire est l’arrêt de la croissance de l’apprentissage, qui avait permis de faire passer le nombre d’apprentis de 320 000 à près d’un million en quelques années. Actuellement, les effectifs diminuent, ce qui aggrave la situation de l’emploi des jeunes.

Ce ralentissement de l’apprentissage est en grande partie dû à la réduction des aides financières de l’État. Sous le gouvernement Borne, une priorité a été donnée à l’apprentissage, au détriment d’autres politiques d’emploi. Cette stratégie a principalement bénéficié aux étudiants de niveau Bac+3 à Bac+5, délaissant ainsi les jeunes en difficulté, notamment les « NEET » (ni en emploi, ni en études, ni en formation). La diminution progressive des primes pour les employeurs, initialement fixées à 8 000 euros puis réduites à 2 000 euros, a également contribué à la baisse des recrutements en apprentissage.

Il est essentiel de noter que le taux de chômage des jeunes, qui s’élève à 21 %, ne reflète pas le pourcentage total de jeunes sans emploi, mais plutôt la proportion de chômeurs au sein de la population active, c’est-à-dire ceux qui ont quitté le système éducatif. En France, les jeunes restent souvent longtemps dans le système scolaire, et seuls les apprentis sont considérés comme salariés.

Enfin, l’émergence de l’intelligence artificielle (IA) pourrait également fragiliser l’embauche des jeunes. Des études montrent que l’IA remplace certaines compétences traditionnellement requises chez les jeunes diplômés, notamment dans des secteurs comme le droit ou la finance. Les tâches de préparation de dossiers, auparavant effectuées par des juniors, sont désormais réalisées par des systèmes d’IA, réduisant ainsi le besoin de recruter de nouveaux entrants.

Source : Insee

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