Hantavirus, Ebola, Covid : comment chaque épidémie réveille le mythe du « complot juif »
Les récentes épidémies, telles que celles de l’hantavirus, d’Ebola et de Covid-19, ont ravivé des accusations anciennes et infondées, notamment celles désignant les Juifs comme responsables de ces crises sanitaires. Ces accusations, qui ont traversé les siècles, trouvent un écho dans les discours contemporains, souvent amplifiés par les réseaux sociaux.
Au XIVᵉ siècle, durant la peste noire, les Juifs étaient accusés d’avoir empoisonné les puits, entraînant des massacres à travers l’Europe. Aujourd’hui, bien que les moyens de communication aient évolué, le mécanisme de désignation d’un bouc émissaire demeure. Les réseaux sociaux, en remplaçant les places publiques, permettent à des rumeurs de se propager rapidement.
Récemment, l’hantavirus a donné lieu à des rumeurs selon lesquelles le terme « hanta » signifierait « arnaque » en hébreu, une affirmation totalement fausse. Ce nom provient de la rivière Hantaan en Corée, où le virus a été identifié dans les années 1970. Des insinuations ont alors émergé, suggérant un complot impliquant Israël et les Juifs. Ce phénomène illustre comment l’antisémitisme contemporain s’exprime souvent par des sous-entendus et des détournements d’information.
Pendant la pandémie de Covid-19, des théories du complot ont également réactivé des stéréotypes antisémites, désignant des chercheurs et des professionnels de santé comme membres d’un prétendu « complot juif ». Ces accusations, basées sur des patronymes ou origines supposées, ont varié de l’idée que les Juifs auraient créé le virus à celle qu’ils auraient orchestré la campagne de vaccination.
La désinformation, devenue un enjeu majeur de santé publique, vise non seulement à altérer la vérité, mais aussi à éroder la confiance dans les institutions. Cette dynamique est préoccupante, car sans confiance, l’adhésion aux recommandations sanitaires et la cohésion nationale sont compromises.
Les épidémies ne représentent donc pas uniquement une menace biologique. Elles révèlent également une contagion informationnelle qui, si elle n’est pas combattue, peut affaiblir les efforts de contrôle des maladies. L’histoire montre que les crises sanitaires réactivent des mécanismes de désignation de coupables, ciblant souvent les Juifs comme boucs émissaires.
Dans un contexte où l’antisémitisme persiste, il est crucial que la République réaffirme son principe fondamental d’une nation indivisible, protégeant chaque citoyen indépendamment de son origine ou de sa religion. Les virus peuvent être maîtrisés, mais les mythes et les préjugés persistent, cherchant à diviser la société.
Source principale : L’Express, Pr David Smadja
