Guerre au Moyen-Orient : pourquoi Donald Trump menace de bombarder Oman, un allié historique des États-Unis
C’est la valse des coups de pression : Donald Trump a de nouveau menacé de frapper Oman s’il « se mettait en travers » des négociations avec l’Iran. Selon un journaliste de Fox News, le président américain a utilisé une formule plus vulgaire : « On leur bombardera la gueule ». Quelques heures plus tard, dans le bureau Ovale, il a déclaré que les Omanais ne s’étaient « pas très bien comportés », sans fournir plus de détails. Cette irritation s’inscrit dans un contexte où Washington affirmait qu’un accord avec Téhéran restait possible, alors que le délai de soixante jours fixé en juin pour parvenir à un règlement a expiré sans avancée décisive sur le nucléaire ni fin de la guerre. Parallèlement, Oman avançait avec l’Iran sur un dossier central : la réouverture du détroit d’Ormuz.
Ormuz, nerf de la guerre
Avant le conflit, environ 20 % du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié transitaient par le sultanat, qui borde la rive sud du détroit, en face de l’Iran. Depuis les attaques américano-israéliennes contre l’Iran en février, le passage est largement fermé, entraînant des conséquences directes sur le marché de l’énergie et les prix américains à la pompe. Le gouvernement d’Oman discute donc avec l’Iran d’un dispositif permettant à davantage de navires commerciaux de circuler. Le ministère iranien des Affaires étrangères a même affirmé qu’un accord avait été trouvé sur le tracé d’une route de transit, avant la finalisation des détails. Pour Washington, cette situation pourrait théoriquement réduire la pression sur l’énergie, mais une partie de l’administration Trump craint qu’un accord entre Oman et l’Iran ne donne à Téhéran trop de contrôle sur le détroit.
Le contentieux était déjà ouvert
Les relations entre les États-Unis et Oman se sont déjà détériorées ces derniers mois. Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, a critiqué la décision américaine d’attaquer l’Iran, déclarant sur les réseaux sociaux que « quelle que soit votre opinion sur l’Iran, cette guerre n’est pas de son fait ». L’administration Trump a également menacé Oman de sanctions, voire de frappes, suite à des informations selon lesquelles Oman envisagerait avec l’Iran d’imposer des péages aux navires traversant Ormuz pour faciliter sa réouverture. Oman a démenti ces informations à plusieurs reprises. Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a qualifié le péage iranien de ligne rouge, affirmant que laisser une puissance faire payer le passage dans un détroit stratégique créerait un précédent dangereux pour d’autres grandes voies maritimes.
Le président américain appelle également ses partenaires à contribuer à la gestion du conflit. Dimanche, il a ordonné de réduire un exercice militaire conjoint avec la Corée du Sud après le refus de Séoul d’aider à rouvrir Ormuz. Il a également exprimé son mécontentement envers le Royaume-Uni et l’Espagne, accusés de ne pas en faire assez contre l’Iran. Pour Donald Trump, le reproche est ancien : les alliés bénéficient de la protection américaine sans toujours rendre suffisamment en retour.
Pour l’instant, aucune avancée diplomatique significative n’a été réalisée. Washington s’appuie sur le Qatar et le Pakistan pour tenter de relancer les négociations avec l’Iran, ayant écarté Oman du rôle de médiateur. Trump a indiqué à ses conseillers qu’il pourrait considérer la guerre comme gagnée si Téhéran acceptait de rouvrir complètement le détroit et si sa voie vers l’arme nucléaire était bloquée. Actuellement, aucune de ces conditions n’est remplie, laissant Washington avec un nouveau contentieux avec un allié.
Source : L’Express



